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 Un écho du passé

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l'enfanteuse
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Dim 14 Sep 2008 - 16:12

6H10

Prentiss déboule comme une furie dans la chambre d’Aaron Hotchner. L’ancien procureur n’y voit aucun « outrage à magistrat », même s’il préfèrerait de loin rencontrer sa subordonnée dans d’autres circonstances, plus protocolaires. Tout en boutonnant sa chemise, l’agent en fait la remarque à Prentiss. Le ton est on ne peut plus sérieux. Aucune trace de sarcasme ou d’humour.
-Pour une habituée des relations diplomatiques, votre entrée tranche singulièrement avec les règlements en vigueur au sein du FBI.
-…

Interrompue dans son élan, Prentiss reste figée, sans voix. Emily ne travaille pas dans cette équipe depuis bien longtemps, mais cela suffit pour connaitre le caractère entier de son chef. Ce n’est vraiment pas un marrant et pour lui le règlement EST le règlement. Il ne lui importe pas de le commenter ou de le modifier. Pour autant, il n’hésite pas à contourner les règles du FBI et ses recommandations lorsque cela s’avère nécessaire. Certes, mais toujours dans le respect de la loi. Rien ne sert d’attraper un dangereux psychopathe si la manière n’y est pas. Tout cela n’est pas une question de forme, pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle vaut devant un tribunal. Et Hotch est vraiment le meilleur dans ce domaine. Prentiss reprend son assurance et c’est avec un sourire illuminant un visage cerné et fatigué qu’elle s’approche de son patron. D’une main experte elle attrape le morceau de tissus qui se balance au grès des mouvements de mains agacés de Hotch. L’agent abandonne sa cravate récalcitrante à sa subordonnée.

-Que vouliez-vous me dire ?
-J’ai négligée mon travail dans ce dossier. J’avoue m’être sentie isolé, presque punie lorsque vous m’avez demandée de revoir les dossiers de JJ, mais j’avais tort. Je suis passée à côté de détails qui auraient peut-être pu éviter… tout ça.
-Emily. Lorsque l’on connait ce que l’on recherche, il est toujours aisé de le trouver. Je voulais qu’un œil neuf se plonge dans la paperasse car rien dans nos missions ne doit être négligé. C’est une leçon à retenir. Reste qu’il est de mon devoir, en tant que dirigeant de vous faire comprendre l’intérêt de vos tâches, qu’elles soient dans l’action ou dans l’étude de cas. Emily, personne ici ne mésestime le travail de Reid et pourtant il est plus souvent dans un bureau à farfouiller pour lire entre les lignes. Il nous fait gagner un temps souvent précieux. Il est capital pour chacun de vous, de nous, de partager ces différents temps d’une enquête et d’être polyvalent. Reid ne peut plus nous aider maintenant. A nous de palier à son absence sans que cela ne nuise de trop à l’enquête. D’autant qu’il est inutile de rappeler l’enjeu de celle-ci !
-Dès les premières lignes il est évident que la personne qui a demandé l’ouverture de ces dossiers visait à y inclure Spencer. Le premier courrier reçu par JJ était même presque nominatif, de plus…
- Emily! Prenez un café et rendez-vous dans une demi-heure au bureau du sheriff. Vous ferez un rapport à toute l’équipe en même temps. On gagnera du temps.
-Bien mais…
-Prentiss ! Si vous n’avez pas besoin d’un bon café, moi si ! Disparaissez !

6H40
Bureau du sheriff, conté de Baker

Aaron Hotchner pénètre dans le bureau d’un pas rapide. Sa moue crispée traduit son agacement. L’enquête, ou le café quasi-translucide de l’hôtel ? Sans chercher la solution dont l’intérêt semble limité, JJ tend un verre au contenu sombre à son chef, et prévenant les questions à venir, ouvre le bal des discussions.
-Oui c’est moi qui l’aie fait. Non, agitée, comme tout le monde je pense. Maintenant j’aimerais que l’on ne perde pas trop de temps…
-Agent Jareau !
-Excusez-moi Hotch, mais Emily et moi avons travaillé sur les dossiers ce matin. Et avant que Gideon nous fasse la morale sur la nécessité de dormir et de se reposer, sachez que nous avons trouvé certaines choses importantes. Emily ?
-La lettre demandant l’ouverture d’une enquête était adressée à la BAU. Elle est similaire à toutes les demandes que JJ traite chaque jour, sauf qu’au fil des phrases le ton change. JJ avait mis cela sur le compte de l’émotion, toujours importante dans les dossiers d’homicides d’enfants, ne négligeant pas le fait possible que l’auteur soit lui-même le criminel. Ce qui maintenant s’avère exacte et permet une lecture tout autre du texte. La tonalité très lisse et neutre du texte devient presque intime, comme adressé à un seul individu. L’auteur utilise même un langage familier lorsqu’il parle de la probable prochaine victime, demandant expressément d’envoyer notre équipe au plus vite afin de la sauver. La notion d’urgence y est mise en avant avec des termes bien particuliers.
Prentiss laisse volontairement passer quelques instants avant d’enchainer sur ses énumérations, sans doute rébarbatives mais non dénuées d’intérêt au vu des informations connus.
-Lorsque l’on sait que Leland voulait faire venir Spencer dans un laps de temps défini, l’urgence prend davantage de sens. Tout comme l’emploi de mots curieux que nous avions mis dans un premier temps sur le compte d’expressions locales, mais qui en fait sont très similaires à ceux employés par Leland dans sa lettre à Reid. En particulier il parle d’accomplissement et d’inconfort. J’espère que Garcia aura quelque chose là dessus.

JJ prend la suite, sans laisser le temps aux autres pour les commentaires.
-j’ignore ce qu’il en est dans les autres dossiers mais dans les trois que Leland nous à mis en exergue, nous avons retrouvé sa signature. Lanck en Idaho était comme les autres vêtus d’un simple pantalon de coton blanc. Il avait dans sa poche un morceau de papier sur lequel était griffonné une sorte de poème ainsi qu’un -1 et en dessous un PL. Le tout avait été écrit à la plume. Une écriture très liée avec beaucoup de fioritures, presque comme une enluminure ! Dans les deux autres cas, on retrouve un message et la signature, seul le « moins un » change.

Derek Morgan interrompt enfin les explications des deux jeunes femmes.
-Pourquoi n’avons-nous pas eu connaissances plus tôt de ces messages ?
-Parce qu’aucun de ces dossiers n’a été mis en relation, et que ces détails…
-Détail ?! Non mais on parle de quoi là ? De qui ? Je vous rappelle que c’est Reid qui a été enlevé, pas un sujet lambda !
-Inutile de s’énerver Derek. Ce qui est fait est fait, et nous perdons du temps à tergiverser sur les lacunes du système ou les erreurs passées. Rien dans ces dossiers n’a été traité correctement car ils n’ont pas été vus comme des sous-unités d’un tout mais comme des cas isolés dont tout le monde s’est désintéressé. De notre côté, nous avons travaillé dans l’urgence car un enfant avait disparu… je rappelle d’ailleurs qu’il est toujours et jusqu’à preuve du contraire une victime de Leland… et qu’un sujet lambda, comme tu dis Derek, mérite tout autant notre attention que Reid. Nous devons impérativement laisser notre affect de côté. Nous nous sommes contentés de survoler ces dossiers, nous assurant juste de leurs liens. Il nous faut tout reprendre au départ, nous attarder sur le premier cas, sur l’année de latence et sur le passé commun de Leland et Reid. C’est ainsi que nous avancerons !

9H30
Flash info


« Excitation générale dans le conté de Baker. Tôt ce matin le sheriff Boumer a retrouvé le jeune garçon qui avait disparu depuis près de 48 heures. En direct de Baker City notre envoyée spéciale Janice Spiderstone.
-Ouiiiiii, je suis en ce moment en compagnie du sheriff. Dites-moi sheriff, depuis 24 heures des agents du FBI ont envahi vos bureaux. Est-ce grâce à eux que le dénouement est heureux et rapide ?
-Non Janice. Le FBI semble penser qu’il s’agit en fait du énième crime d’un tueur en série, mais j’avoue être septique car de fait la victime a été retrouvée saine et sauve et je ne vois pas en quoi sa disparition le relie aux autres crimes… supposés.
–De quoi s ‘agit-il sheriff ?
–D’enfants ayant disparu, comme notre victime, un premier juin. Mais avouez qu’une disparition par an, on est loin des clichés du psychopathe guettant ses victimes à chaque coin de rue.
-Doutez-vous de leur efficacité ou des motifs de leur venue ?
-Un peu des deux Janice. Il faut bien avouer qu’ils ont rapidement oublié l’ « enfant de Baker » pour se concentrer sur l’un d’entre eux qui a disparu également. Et ils n’ont retrouvé ni l’un, ni l’autre.
-De quelle victime parlez-vous sheriff ? Nous ne sommes pas au courant ? Lorsqu’il s’agit des leurs, le FBI est avare d’information.
-Hier l’un des agents du FBI, un docteur d’après leurs dires, mais franchement j’en doute vu son jeune âge, a disparu. Il surveillait la sortie des classes. Imaginez donc un adulte se faisant enlever au milieu d’enfants sans qu’aucun témoin n’en parle. Personnellement si on me demande mon avis, je trouve cela absurde… mais personne, surtout au FBI, ne me demande mon avis.
-Il paraît également qu’un des professeurs ne s’est pas présenté ce matin. Y-a-t-il un lien de cause à effet ?
-Le professeur Leland est très respecté dans la communauté, même s’il ne réside à Baker City que depuis quelques années. Sa disparition laisse beaucoup de questions mais pour le moment je suis surtout heureux d’avoir retrouvé notre petit disparu.
-Racontez-nous dans quelles circonstances vous a été rendu ce jeune homme.
-Et bien Janice, hier soir, alors que le FBI était au Geiser Grand Hotel, j’ai reçu un appel signalant qu’un enfant errait seul aux abords de la 84, vers Hood River. L’enfant était sain et sauf. Un peu désorienté, mais en bonne santé.
-Dites-nous-en davantage. Dans quelles circonstances a-t-il disparu ?
-malheureusement, je ne peux rien dire de plus. Vous comprendrez qu’en tant que sheriff de Baker City je me dois d’abord d’informer le FBI. Il ne sera pas dit que la police locale ne sait pas travailler conjointement avec la police fédérale. Pourtant… »


En éteignant l’écran de télévision Derek manque de s’étrangler. Seul le stoïcisme d’Aaron Hotchner le retient dans son envie d’exploser le vieux tube cathodique.
-Travailler conjointement !!!! Il connaît ce mot depuis combien de minutes ? Il l’a trouvé où son dictionnaire ? Avec son étoile, dans un œuf Kinder ?!
Hotchner se place volontairement devant l’écran noir qui accapare encore toutes les attentions. Sa voix est calme et posée. Pas de tremblement, rien ne laissant transparaître son intense colère.
-Ecoutez-moi bien. Je ne veux pas entendre parler de cette entrevue. Cette chaîne n’est qu’un ramassis de…
Le ton grimpe un peu, mais Hotchner réussit à se reprendre.
-… d’inepties qu’il vaut mieux ignorer. JJ, je veux que tu ailles avec Prentiss recueillir le témoignage du gamin. Voyez ce qui pourrait être mis en corrélation avec les précédents dossiers. Vous les connaissez mieux que personne. Bien, Derek, tu continues tes investigations sur Leland en collaboration avec Garcia. Gideon…

L’agent paraissait isolé dans cette tourmente. Ajoutez ça et là quelques toiles d’araignée, et on aurait pu croire qu’il avait été oublié là depuis des lustres !
-Gideon, tu vas m’accompagner auprès du sheriff. Et si tu me vois desserrer ma cravate, je t’autorise à user de la force.
Sur ces mots, les deux hommes quittent le bureau que leur avait octroyé le sheriff. Morgan sourit.
-C’est certain, Gideon va enfin laisser aller son flegme anglais.
-Oui mais la vraie question est sur qui va-t-il user de sa force ? Sur Hotch comme il en a l’ordre ou sur Monsieur SuperSheriff ?
-Bonne question JJ. Dire que j’avais mis tant de soin à lui faire un nœud Windsor ! Quel gâchis !


http://www.youtube.com/watch?v=qgSnczPPfaQ
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Tanlee
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Ven 19 Sep 2008 - 17:25

ça y est j'ai enfin pu lire ta fic jusqu'au bout et j'adore. Le personnage de Leland est machiavélique, pervers... a vous faire froid le dos. vivement la suite !
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Sam 20 Sep 2008 - 15:58

je crois que je te l'ai déjà dis mais bon: J'A-Do-RE!!!!!
C'est toujours aussi captivant et j'attends toujours la suite avec impatience!!!!!!
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Tya
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Sam 4 Oct 2008 - 20:48

ta fic est rondement menée, tu cernes tres bien les personnages. et merci de prendre la team avec Gideon, je regrette enormement son depart, Rossi n'est pas assez charismatique pour moi.. Et merci aussi pour Prentiss, je la prefere a Greenaway.
J'attends la suite avec impatience !
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l'enfanteuse
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Sam 4 Oct 2008 - 22:33

Tya a écrit:
Et merci aussi pour Prentiss, je la prefere a Greenaway.
J'attends la suite avec impatience !
Merci pour ce commentaire . ^^
Pour ce qui est de Prentiss, j'avoue que je ne la cernais pas bien au départ, mais en cherchant à mieux la comprendre, elle m'est devenue plus sympathique. Un bon personnage donc, pas d'emblée adulée, ce qui la rend d'autant plus agréable à exploiter.
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l'enfanteuse
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MessageSujet: Profilage(s)   Dim 2 Nov 2008 - 23:07

Chapitre huit


Profilage(s)


Larousse 1991: n. m. techn. Opération par laquelle on donne un profil déterminé à une pièce, une carrosserie, etc…
L’enfanteuse 2008: Cela s’applique aussi aux êtres humains qu’ils soient ou non… Humains. Leland ne l’est pas, ou peut-être trop…



Rock-a-bye baby
On the tree top,
When the wind blows
The cradle will rock,
When the bough breaks
The cradle will fall and
Down will come baby,
Cradle and all.


Les paroles d’une vieille berceuse caressent doucement l’esprit de Spencer. Cela lui évoque sa plus tendre enfance, quand sa mère n’était pas encore celle qui croupit dans un institut de Vegas, ou plutôt quand il n’en avait pas encore conscience. Très vite pourtant le petit Spencer avait eu une vision assez aiguisée de la réalité. Sa mère n’était pas toujours ancrée dans le même monde que lui. Qu’importe, elle l’aimait, lui, l’enfant différent. Alors pourquoi ne l’aimerait-il pas, elle, la mère différente ? Les yeux fermés, Spencer veut se perdre dans ses souvenirs. La voix qu’il imagine celle de sa mère, douce comme le métal qu’il sent soudain contre sa peau… Métal ?! Spencer s’ouvre au présent mais prend bien garde à maintenir ses yeux clos et sa respiration régulière. Il est allongé sur le vieux lit métallique qu’il avait découvert en sortant de la baignoire. De petits grincements accompagnent chaque mouvement de Leland, rythmant comiquement la berceuse qu’il fredonne. Lui aussi est assis sur le lit. Il se tient à son extrémité, la tête de Spencer délicatement posée sur ses genoux. Une position presque maternelle, une position écœurante. Malgré toute la concentration et la prudence de Spencer, un frisson de dégoût le trahir. Les paroles de Leland ne sont plus mélodieuses mais restent étrangement dans le registre maternel. Elles s’accompagnent d’une étrange sensation froide et piquante.

-Ne t’inquiète pas mon petit, ce n’est qu’un peu d’alcool. C’est bientôt fini.

Comme pour prouver ses dires, Leland tamponne de plus belle le front de Spencer. La brûlure du désinfectant improvisé est légère et réconfortante. Comme à chaque fois qu’il se retrouve en de telles circonstances, Spencer est rassuré par les sensations même désagréables qui signent l’intégrité de son corps. Il sait ce qui l’attend, du moins en partie, aussi à chaque fois qu’il sombre dans l’inconscience, il souhaite ardemment y rester. Ses souvenirs aussi sont un bon refuge. Du moins les plus anciens… et quelques uns plus récents. Sa rencontre avec Gideon, la première fois qu’il a vu Garcia et s’est mépris sur son nom, sa première bière avec Derek… Etrange comme en ce moment, c’est davantage vers ses amis que se tournent ses pensées. Ils sont son unique espoir de survie. Spencer est intimement persuadé que Leland ne lui laissera aucune opportunité de fuite. D’une certaine façon, il tente de faire sienne cette idée, celle selon laquelle il va mourir, ici avec lui, avec son bourreau. Une mort lente et douloureuse qui était peut-être sa destinée finalement. Au fond de lui, le docteur Reid ne compte pas baisser les bras, mais si à chaque ouverture de porte il est dans l’espérance, la chute ne peut être que plus douloureuse. Tout en se préparant mentalement, Spencer réalise que si Leland est dans sa cellule, pour en sortir il sera bien obliger d’ouvrir la porte, où qu’elle soit. En conséquence, si Spencer continue de feindre l’inconscience, peut-être pourra-t-il découvrir l’issue de sa geôle. Ignorant la grande activité neuronale de sa victime, Leland de son côté poursuit les soins qu’il prodigue avec une extrême attention. D’une main experte il pose trois sterilstrips sur le front de Spencer, puis suit du doigt le contour de son visage.

-C’est beaucoup mieux ainsi, mais tout ce sang séché… Bosco, que dirait ta mère si elle te voyait ainsi ?

Un indice est lâché et le cerveau du profiler se met en branle. Spencer réfléchit à toute vitesse, comme à son accoutumée. Bosco ? Un terme de Marins. Est-ce que Leland était ouvrier sur un navire de l’armée ? Est-il un adepte des principes d’éducation de l’italien du XIX siècle, Don Bosco « sans affection pas de confiance, sans confiance pas d’éducation » ? Ce qui est certain c’est qu’il a fait sienne la devise et maitrisé l’art d’exploiter la confiance que les enfants mettaient en lui.

-Regarde-moi ces mèches, ça ne va pas du tout mon chéri, il faut arranger ça.

Spencer sent de nouveau le métal froid glisser sur sa joue. Il canalise difficilement un frisson de peur d’abord, puis de dégoût quand il comprend de quoi il s’agit. Leland coupe méticuleusement ses cheveux qui tombent en grappes rouges de sang coagulé, sur le sol maintenant taché de sa prison. Des larmes montent aux yeux de l’agent chevronné du FBI. Leland a bien réussit son coup ! Comme un enfant, Spencer se sent dépossédé de son apparence physique. Il ne peut s’empêcher d’ouvrir les yeux pour regarder tomber ce qui subsistait de son intégrité. De simples cheveux, et pourtant… De lointains souvenirs se greffent en filigrane sur le présent. Encore des échos du passé.

-Non maman, je ne veux pas les couper !
-Mais Spencer, tu ressembles à une fille comme cela.
-M’en fiche moi. De toute façon, ça ne les empêchera pas de m’embêter.
-Tu te caches derrières tes cheveux mon ange. Ce n’est pas une bonne façon d’affronter la réalité.
-Parce que tu l’affrontes toi, la réalité ?!


Finalement le passé n’est pas si réconfortant. Ses cheveux avaient fréquemment été un sujet de disputes avec sa mère. Cela avait été aussi leur première discussion sur la maladie dont elle souffrait. Pour Spencer, ses cheveux, c’était autre chose que de la Kératine et de la Mélanine, c’était le symbole de sa liberté de corps et d’esprit. Son rempart contre les autres.

-Spencer te voilà enfin réveillé. Lève-toi, tu as du travail.

Pour ce qui est de l’espionnage discret, c’est raté. Spencer se redresse doucement, abandonnant ses délires utopiques d’évasions. Sa vue se trouble lorsqu’il se retrouve enfin à la verticale. Un petit reste de syndrome vagal ou la vue terrible du sang et de ses cheveux ? Une nausée monte brutalement mais elle cesse rapidement lorsque Leland rallonge Spencer dans ses bras.

-Doucement mon petit. Il ne faut rien brusquer. Tu t’es fait une belle bosse tu sais.

Tout doucement, sans rien bousculer, Leland accompagne Spencer dans ses mouvements. Pour se mettre debout d’abord puis pour faire quelques pas. Spencer se laisse guider docilement. Non par résignation, mais parce qu’un marteau géant a décidé d’œuvrer dans son cerveau. Chaque mouvement amplifie la sensation douloureuse d’oppression. Sa tête est prise dans un étau terrible. Ses oreilles bourdonnent et la nausée se joue de lui en un formidable yoyo… sortira, sortira pas… Les yeux fermés, la douleur semble moins lancinante et plus facilement supportable. Lorsque Leland laisse Spencer libre de ses mouvements, celui-ci se laisse littéralement tomber sur la chaise qui se présente à lui. Spencer semble bien ridicule dans la petite chaise d’écolier, mais cela lui importe peu, ce qu’il veut c’est ne plus bouger, ne plus donner à son corps l’occasion de se moquer de son esprit. Devant lui la petite table d’écolier en vieux bois usé par le temps et les crayons d’enfant est une providentielle béquille. Spencer quitte toute dignité pour s’y effondrer. Le professeur Leland rit de bon cœur, comme si Spencer Reid lui faisait une bonne blague. Mais rapidement son rire devient moins léger, plus rauque et plus effrayant. Il prend la main gauche de Spencer qu’il pose bien à plat sur la petite table, juste à côté d’une encoche qui a priori n’a rien à faire sur un bureau d’école. Spencer se laisse manipuler comme un pantin dont on aurait coupé les cordes. Leland en profite pour faire passer par l’encoche une extrémité des menottes métalliques de l’agent Reid. Il lui faut deux secondes pour entraver le poignet de Spencer de sorte qu’il ne puisse absolument plus bouger sa main gauche. Deux secondes, c’est plus qu’il n’en faut pour que Spencer comprenne ce qu’il se passe et les conséquences que cela aura sur son avenir proche… très proche !

-Tu ne vas pas me faire croire que tu es déjà fatigué Spencer ? Allez, réveille-toi !

Spencer, plus Bosco, mais Spencer… L’agent Reid sait que Leland n’est plus dans son trip affectueux et maternel. Il est de nouveau le professeur Leland face à sa proie. La peur qui s’instille en lui doit être le meilleur remède aux sensations de vertiges et autres syndromes post-commotionnels car Spencer arrive à se redresser. Il porte son regard encore embrumé sur la situation. Une pièce neutre, sa geôle, un professeur, son bourreau et lui, l’enfant, l’écolier attablé au bureau de travail… la victime en attente de châtiment.


***


Quantico, 2 juin
3H06 PM

Pénélope Garcia ajuste la petite fleur qui pend mollement dans ses cheveux. Face à elle, une multitude d’écrans s’anime au rythme d’images souvent violentes et de données qui semblent tout-droit tombées de Matrix. Garcia n’y attache guère d’importance, son regard reste figé sur le seul écran qui a toute son attention, celui sur lequel apparait l’agent Derek Morgan.

-Garcia, dis-moi ce que tu as sur le professeur Leland.
-D’accord mon chou, mais pas avant que tu m’aies dit le fin mot de l’histoire sur Hotch et Gideon.
-Ok, bon… Hotch a dit au sheriff Boumer sa façon de penser, mais comme ça dégénérait un peu Gideon est intervenu. A la demande de Hotch, je précise.
-Et… ?
-Et Hotch est sorti du bureau de mauvaise grâce. Quand à Gideon, quand il est sorti à son tour, il arborait le magnifique cocard que l’on a pu admirer. Mais je ne sais rien de plus, si ce n’est que j’adore Gideon et que je l’envie.
-Moi aussi je l’adore et je t’adore mon beau brun ténébreux. Bon, sur Leland j’ai quelques trucs mais rien qui me semble transcendant. Son père est issu de l’aide à l’enfance. Pas de famille paternelle donc, ni même maternelle. Sa mère est morte en le mettant au monde et la famille de celle-ci a coupé les ponts, de sorte que l’enfant Leland fut élevé exclusivement par son père. Pas de tante, de grand-mère, aucune image féminine pour prendre soin de lui.
-C’est déjà beaucoup.
-Oui, mais en même temps, de ce que j’ai pu glaner à droite et à gauche, le père a été un excellent père. Il a quitté un poste d’avenir au sein des marines pour s’occuper de son fils. Tous les comptes-rendus de l’époque, que ce soit scolaires ou de l’aide à l’enfance, soulignaient la grande dévotion du père. Un père aimant, quoiqu’un peu autoritaire du fait de son passé militaire.
-Ok, son père s’est sacrifié pour lui et était parfait. Qu’est-ce que tu as d’autre ?
-Leland a d’abord été officier dans l’armée de terre avant d’être professeur de littérature.
-Etrange parcours. Tu en sais davantage ?
-Pas trop. Je sais qu’il était au Golfe en en 1990 et qu’il a démissionné à son retour.
-Oui cela se comprend.
-Il s’était marié juste avant de partir mais a divorcé en 1995. Pour le reste, rien, macache. Un parcours banal de petit professeur de province. Je n’ai rien d’autre, désolée Chéri.
-Tu as les coordonnées de son père et de son ex-femme ?
-Oui, son père a été incinéré en 1990… tiens, en fait il est mort juste avant que Leland ne revienne du Golfe. Il a demandé la crémation à son retour. Quand à l’ex-madame Leland, elle a vécu au Névada mais elle est décédée il y a deux mois. Mort naturelle.
-Comment le sais-tu ?
-Son nouveau mari a demandé une autopsie qui n’a rien donné de concluant.
-Bon travail Garcia. Peux-tu me procurer un double des résultats d’autopsie? Essaye aussi d’en savoir plus sur les circonstances de la mort de monsieur Leland.

***


Dernière édition par l'enfanteuse le Sam 31 Jan 2009 - 16:22, édité 5 fois
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l'enfanteuse
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MessageSujet: suite...   Dim 2 Nov 2008 - 23:09

Hotch fait les cents pas dans le hall du petit aéroport. Le jet est prêt, on n’attend plus que JJ et Prentiss qui tardent à revenir. Gideon tourne le dos à son ami. Depuis bientôt une heure, il est figé, debout devant la vitre du petit hangar. L’agitation d’Aaron finit par avoir raison de son mutisme.

-Arrête de t’agiter ainsi. Qu’est-ce qui ne va pas ?
-Rien ne va Jason. Reid a disparu depuis bientôt 24H et tu sais aussi bien que moi ce que cela signifie. Prentiss et JJ sont en retard et Derek papote avec Garcia. Quand à toi… regarde-toi Jason. C’est la première fois que je te vois dans cet état. Comment va ton œil ?
Gideon se rapproche de Hotch et se plante face à lui, à moins d’un mètre.
-Tu es en colère et tu es inquiet, mais te battre contre ce sheriff de bas étage n’aurait rien changé.
-Peut-être mais ceci est tout aussi valable pour toi. La différence c’est que moi, j’avais envie de lui mettre mon poing dans la figure, et c’est toi qui l’as fait.
-Tu m’avais donné l’ordre de te retenir…
-…pas de me remplacer. Tu as parfaitement raison Jason, mais je te regarde et ma colère s’en décuple. J’aurais dû rester dans le bureau.
-Et cela aurait fini en bain de sang. Si cela peut te consoler, le sheriff nous a fait des excuses… enfin il a baragouiné quelque chose qui s’en approchait. Il ne valait pas le risque de t’attirer des ennuis… tu es sur la sellette, tu le sais bien. Fais attention à toi Aaron. Quant à moi et mon œil, on s’en remettra.
-Alors pourquoi es-tu si pensif ?
-Spiderstone.
-La journaliste ?
-Oui, elle farfouille partout. Je crains qu’elle ne nous pose des problèmes.
-J’en parlerai à JJ dès son arrivée. Elle n’a pas son pareil pour museler les journalistes.
-On verra.
Gideon se penche légèrement de côté, portant son regard loin derrière Hotchner.
-Les voilà. Il était temps !

Les deux femmes du FBI descendent simultanément d’un véhicule noir. La fatigue se lit sur leurs visages. La culpabilité et l’impuissance aussi. Un poids bien lourd pour les frêles épaules de l’agent Jareau. Un poids habituel pour Emily Prentiss qui sait bien mieux dissimuler sa détresse et son désarroi.
Hotch ne prend pas la peine de se retourner, il attrape sa mallette et s’avance vers la l’entrée de la piste.
-En route. On parlera dans l’avion !


***


-Tu te souviens des quinze minutes que je t’avais données pour refaire ton devoir ?

Spencer est silencieux. Leland tourne autour de lui, accentuant la nausée qui s’est bien ancrée en lui. A chaque passage devant lui, Spencer pense à agripper Leland. L’attraper, lui tordre le cou et l’obliger à retirer les menottes qui insidieusement entament la peau de son poignet. La douleur est légère, peu perceptible, sans doute du fait d’un état de conscience pas totalement opérationnel. Certains mots parviennent à Spencer, d’autres l’effleurent et poursuivent leur chemin sans s’inscrire en lui. Cet état de semi-conscience agace prodigieusement Leland qui règle rapidement la situation. Rapidement et douloureusement.
Lorsque les lanières pénètrent sa chair, dessinant de fins sillons rouges sur son dos, deux réflexions se greffent dans l’esprit de l’agent Reid. Nous y voilà… La sentence était attendue, sans enthousiasme, mais tellement prévisible au vu des cadavres laissées par Leland. La seconde réflexion est plus terre à terre, mais reflète parfaitement l’esprit de profiler de l’agent Spencer Reid. 80 à 90 pourcent des enfants du monde subissent la violence éducative. Déjà enfant, Spencer avait perçu cette déviance en Leland. Son professeur était intéressant, captivant mais ses propos étaient parfois agressifs. Il maniait l’art du poing sur la table comme aucun autre professeur. Pourtant avec Spencer il avait toujours été doux… l’affection pour la confiance. Il s’était bien fait avoir, du moins au début. Comment avait-il pu oublier ?
Les souvenirs émergent avec la brûlure qui prend naissance et s’amplifie brutalement. Des larmes montent aux yeux de l’agent. La douleur évidemment, mais davantage encore la détresse, la tristesse qu’évoque ses rappels au passé. La trahison de Leland. Spencer l’avait rejetée loin, si loin que lui, le brillant esprit à la mémoire éléphantesque l’avait oubliée. Leland se préoccupe peu des remords de sa proie. Sans prêter attention à la haine qui brûle dans les yeux de Spencer, le vieux professeur gratifie son élève d’une nouvelle fournée. Six lanières sèches et rigides pour une leçon de choses.

-Au travail Spencer. Prend la plume et écris, diserte sur l’existence, ton existence. Je veux que ton âme prenne vie par tes mots. Livre-toi … délivre-toi ! Je veux te retrouver vierge de toutes émotions passées, je veux te retrouver comme je t’ai laissé.

Leland se met face à la petite table. D’une main il attrape le menton de sa jeune victime et amène son visage face au sien. S’il voulait ainsi effrayer Spencer, s’il voulait ainsi faire entendre sa diatribe avec insistance… quoique Leland ait voulu obtenir, c’est la peur qu’il a récolté. Le regard de Spencer est de braise et de fureur. Les mots de Leland se meurent dans sa gorge avant même de se former. Puis brutalement c’est l’air lui-même qui s’y coince. Spencer s’est redressé et d’une poussée en avant a saisi son bourreau par le col. De sa seule main libre, décuplée par la haine qu’il éprouve à l’égard du professeur et pour lui-même, Spencer maintient son ancien mentor en équilibre précaire. Cette fureur soudaine prend Leland au dépourvu… quelques secondes, juste ce qu’il faut à Spencer Reid pour comprendre jusqu’ à quelle extrémité il peut aller. Jusqu’à la mort sans doute. Cela aurait pu marcher. Cela aurait dû marcher. Mais voila, avec Leland rien n’est laissé au hasard. La table est solidement fixée au sol et malgré toute la force que déploie Spencer, sa main gauche plaquée à la table lui bloque tout mouvement plus en avant. D’un léger déplacement en arrière Leland brise la résistance de Spencer. La douleur de son poignet gauche est trop intense. Impossible de bouger, impossible de rester debout sans rompre sa chair meurtrie et les os qu’elle protège. Spencer serre les dents, un poignet brisé n’est rien face à la mort et à ce qui l’attend. Il serre les dents… mais plie sous le poids d’une douleur qu’il n’arrive pas à s’infliger à lui-même. Il n’y a guère qu’au cinéma que la victime se tranche le bras pour se libérer et fuir l’air de rien. Des sanglots incontrôlables noient Spencer alors qu’il lâche Leland et s’effondre sur le bureau.
Leland s’éloigne d’un pas rapide. Une fraction de seconde la peur l’a tétanisé et Spencer a su exploiter cette malheureuse seconde. Sa crainte se mêle de fierté. Spencer est indubitablement l’enfant parfait. Jamais Leland n’aurait imaginé qu’il s’inflige une telle douleur. Il avait échoué mais la tentative en elle-même était désespérée, magnifiquement tentée et si sublimement jubilatoire. Leurs émotions s’étaient liées avec tant d’intensité. Ce regard, cette haine, cette preuve d’une blessure… ha il avait dû l’aimer le petit Spencer pour tant le haïr maintenant ! Leland est comblé. Il regarde le visage de Spencer, affalé sur la table. Son poignet rougi exhibe une plaie béante. Les pleurs de Spencer sont devenus silencieux. Leland sent son cœur battre la chamade lorsqu’il s’approche à nouveau de lui doucement, par sa gauche. Il le contourne et se place lentement juste derrière lui. Son dos garde les stigmates de ce qui fut l’élément déclencheur. D’une caresse, Leland suit le tracé de la brimade. Des sillons parallèles, si beaux, si finement dessinés sur la peau diaphane et glabre. Une peau d’enfant. Leland dépose un baiser sur le haut d’un sillon, déclenchant un frisson incoercible et une nausée tout aussi incontrôlable. Des larmes plein le visage, Spencer subit l’assaut de haut-le-cœur brutaux et improductifs. Seules quelques gouttes de bile se frayent un chemin à la commissure de ses lèvres. Epuisé, Spencer se laisse une fois de plus aller vers un néant salvateur. Mais avant de sombrer, comme une ultime torture, il perçoit les mots tendres de son bourreau.

-Rock-a-bye Spencer. On the tree top, when the wind blows, the cradle will rock, when the bough breaks… Dors mon petit spencer, papa va prendre soin de toi.

Leland attrape les feuilles restées vierges de mots, mais souillées de larmes, de sueur et de sang. Il les contemple comme si elles pouvaient lui parler.

-Tu t’es livré bien plus que je ne l’espérais. Merci mon ange. Merci de t’offrir ainsi à moi.


***


L’avion affrété pour l’équipe survole le Kansas et ses étendues d’herbe parsemées de bovins. Depuis un bon moment JJ et Prentiss relatent leur entretien avec la petite victime de Leland. Il n’en sort pas grand-chose. Un gamin perdu, appâté par de l’argent et l’espoir d’aller au bout de la 84, là où la mer est bleue comme dans les livres, ceux que lui prêtait gentiment le professeur Leland. Bref un gamin à qui on avait donné une opportunité qu’il n’avait pas pu refuser. Leland lui avait demandé quelque chose en échange de sa disparition. Un message qu’il devait délivrer à l’agent Hotchner et uniquement à celui-ci. Emily n’avait pas réussi à lui arracher le dit-message mais Jennifer, avec douceur avait su le convaincre. JJ lui avait promis que seul l’agent Hotchner l’ouvrirait l’enveloppe et l’enfant la lui avait donnée, tout simplement, avant de repartir jouer les stars auprès des autres enfants du foyer. Quand au contenu de l’enveloppe… C’était une photo qu’Hotch avait simplement rangé dans une pile de documents, sans plus de commentaire qu’une grimace. Depuis il suivait les explications de JJ d’une attention lointaine, sans intervenir. Entre la mine de déterré de Gideon et l’air renfrogné de Hotch, l’ambiance dans l’avion n’avait jamais été aussi oppressante. Voyant que les recherches du côté du kidnapping de Baker City ne feraient guère avancer l’enquête, l’agent Morgan décide de réorienter l’étonnant et silencieux débriefing.

-Garcia a trouvé pas mal de chose sur Leland. Je la passe en vidéoconférence ?
Hotchner ne bronche pas mais Gideon fait un signe de tête donnant son aval.
-Vas-y Bébé, t’es branchée.
-Je suis toujours branchée mon chou. Bon, comme je l’ai déjà raconté à Derek, Leland a été élevé par un père omniprésent qui a sacrifié une brillante carrière militaire. Leland vouait pour son père une adoration sans bornes. Il semble qu’il n’ait jamais rien désiré d’autre que d’être père à son tour. Choyer et aimer un enfant avec autant d’abnégation et de dévotion que son père. Autant de rigueur aussi, parce que la discipline était stricte et assez rigide.
Hotchner se réveille enfin, retrouvant soudain un intérêt pour l’enquête. Mais c’est Prentiss qui interrompt la première Garcia.
-Voila pourquoi il enlève des enfants. Mais ce n’est pas vraiment pour les chouchouter.
-Détrompe-toi Emily. Les premières victimes avaient été coiffées, manucurées et gavées de bonbons. Tout porte à croire qu’il a pris soin d’eux avant de les tuer. Il n’y a aucune trace de violence ou de torture. Il les a aimés, à sa façon, puis les a tués parce qu’ils ne convenaient plus, ne répondaient plus à ses attentes.
Gideon prolonge la réflexion de l’agent Hotchner. Depuis longtemps ce jeu de ping-pong verbal est bien rodé.
-Mais après avoir laissé Spencer lui glisser entre les doigts, il est devenu plus exigent. Ces enfants devaient être parfaits, comme l’était Spencer. Apparemment c’est à ce moment qu’il commence les sévices.
-Il sélectionne plus attentivement ses futures proies. Dans un premier temps il les couve d’affection puis, je suppose que lorsque ceux-ci commencent à résister, il tente de les éduquer et de les formater. Douze jours c’est long. Suffisamment pour manipuler et modeler un enfant. Suffisamment aussi pour qu’il se rebelle et devienne indésirable.
Prentiss entre dans la danse.
-Cela correspond parfaitement aux cas qui ont suivi celui de Spencer.
Prentiss reprend un dossier devant elle et poursuit, d’abord calmement en énumérant des faits puis elle s’interrompt quelques secondes avant de refermer le dossier, de regarder les autres de face et d’annoncer ce que chacun sait mais veut ignorer.
-Traces de brûlures, de strangulations et de lacérations, fait en alternance avec une ceinture et un martinet ou un fouet. Evidemment cela colle parfaitement au tableau d’une maltraitance éducative… Mais dans les trois derniers cas, les enfants ont été détruit psychiquement, certainement, mais également physiquement. Quelque chose a fait évoluer les pratiques de Leland vers une torture plus affirmée.
Un silence suit cette déclaration. Un silence de courte durée.
-Garcia, tu as un autre élément à nous soumettre ?
-Pas vraiment, mais avec Derek on suit une piste. Je vais récupérer le dossier d’autopsie de son ex-femme, il sera sur votre bureau quand vous arriverez. En revanche, sur son père, c’est blackout total. L’armée refuse de me fournir les éléments concernant sa mort. Pourtant, y’a surement quelque chose à glaner de ce côté-là. Derek…
-Garcia ! Derek va nous faire un topo sur votre conversation, quand à toi… depuis quand tu as besoin d’autorisations pour fourrer ton nez dans des dossiers top-secret ?
-Compris patron, à vos ordres patron !


***


Un enfant est allongé sur son lit, recroquevillé en chien de fusil. Sur son visage, des larmes coulent lentement. Sa maman referme le livre qu’elle lui lisait et l’embrasse tendrement.
-Dis maman, pourquoi il existe des gents méchants ?
-Le bien, le mal. Rien n’existe sans son contraire pour le mettre en évidence. Ils t’ont fait du mal mon chéri, mais tu es plus fort qu’eux. Tu es le bien mon amour, et le bien triomphe toujours.
-Oui maman, mais ça fait mal d’être gentil.
Diana repousse une longue mèche qui cache de grands yeux noyés et pose un doux baiser sur chacun d’eux.


Leland repousse la lourde porte vitrée. Un léger claquement signe le bon fonctionnement du mécanisme de fermeture. Une porte discrète et inviolable qui laisse transparaitre tout ce qui se trame dans la prison. Spencer est fiévreux. Une fine pellicule de sueur perle sur sa peau, lui donnant une étrange couleur de marbre. Il dort d’un sommeil agité. Sa main bandée est attachée à la tête du lit. L’autre est collée contre sa joue, cachant ses yeux au reste du monde. Ses genoux sont remontés sur son ventre, dans une position fœtale. Il délire mais son extrême asthénie entrave tout mouvement abusif. Seules ses lèvres trahissent les divagations de son esprit.

-Maman, ça fait mal d’être gentil.

Leland sourit. Il est enfin heureux.


***


Juste pour le fun^^ : http://fr.youtube.com/watch?v=1auIgG19vsA
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mer 12 Nov 2008 - 17:27

a quand la suite?
j'en peux plus lol
elle est génial
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mer 12 Nov 2008 - 18:21

garcia33310 a écrit:
a quand la suite?
j'en peux plus lol
elle est génial
Très bientôt! J'attends l'une ou l'autre de mes bêta lectrices, mais j'ai écris sept pages hiers et je pense finir le chapitre ce soir!

Sinon, pour cette review: flower
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mer 12 Nov 2008 - 23:15

Quelle bonne nouvelle que voilà!!!!!!!!
J'ai hate de lire la suite!!!!!!
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mar 18 Nov 2008 - 13:18

Chapitre neuf

Seeing The Real You At Last


Well, I sailed through the storm
Strapped to the mast,
But the time has come
And I'm seeing the real you at last.


Quantico
3 juin 6H02 AM


Jason Gideon pensait arriver dans des bureaux vides et silencieux. Le silence est bien présent, presque respectueux, mais la lumière qui se diffuse sous la porte close du bureau d’Aaron Hotchner laisse peu de doute. L’agent a passé la nuit dans son bureau, loin de ses tracas familiaux mais au plus près de ses angoisses quant au devenir du docteur Reid. Docteur… Gideon l’a toujours présenté ainsi, pour le vieillir, pour l’affirmer, pour l’imposer aussi. Pourtant cette notion semble galvaudée en cet instant où Spencer n’est rien d’autre qu’un gamin aux prises avec un démon de son passé. Quelque soit le titre que Gideon pourrait lui affubler, réel ou inventé, il ne changerait rien à cet état de fait. Gideon s’approche doucement et jette discrètement un œil dans le bureau de son collègue et ami. Hotchner est assis à son bureau. Il ne bouge pas. Sans doute a-t-il passé la nuit ainsi, à ne rien faire d’autre que regarder une vieille photo. La photo, celle que lui destinait Leland. Gideon ignore ce qu’elle représente. Lorsque JJ la lui a remise, Hotch s’est refermé d’un coup, sans mot dire, puis l’a rangée comme on clôt un dossier, sans laisser la moindre possibilité de questionnement. Maintenant il est grand temps de lever le mystère. Gideon pénètre dans le bureau sans frapper, sans s’annoncer mais sans pour autant se faire discret. Il pousse la lourde porte, s’installe face à Aaron et attend, simplement… Au bout de dix bonnes minutes, une éternité, l’agent Hotchner daigne enfin lever le regard. Gideon ne s’attendait pas à cela. C’est la première fois qu’il voit Aaron aussi abattu. D’une voix douce il tente d’amener son ami à se dévoiler. Chose rare pour Aaron, rare mais d’autant plus précieuse.
-Bon, et si tu m’expliquais ?
Aaron Hotchner se contente de poser la photo face à Gideon. Elle le représente en tenue réglementaire du FBI, installé dans une de ces traditionnelles chaises d’amphithéâtre. Il semble attentif. Aux coins de ses lèvres, un petit rictus traduit une satisfaction certaine. Gideon ignore en quoi cette image peut provoquer une telle culpabilité chez Aaron.
-Qu’est-ce que c’est ?
-Cette photo a été prise lors d’une soutenance de thèse. Je te laisse deviner qui était l’étudiant.
-Spencer.
-Oui, je l’avais repéré depuis un moment et je suivais attentivement ses études et ses recherches. Au quotidien il est difficile d’accès et fuit des yeux le regard des autres, mais quand il est lancé sur un sujet qu’il maîtrise, et Dieu sait qu’il y en a, il est intarissable, passionnant et presque à l’aise, même devant des centaines d’étudiants plus âgés que lui. Ce jour-là, j’étais fasciné, presque envoûté… Tu as lu ce que Leland a écrit derrière la photo ?
Gideon n’a pas remarqué l’écriture. Celle-ci est si légère qu’elle n’a pas marqué le papier brillant. Il retourne la photographie et lit l’inscription à voix haute.
-Nous étions deux chasseurs pour la même proie. Je vous ai laissé l’approcher, la humer et l’apprivoiser. Mais quand vient le moment ultime du coup de grâce, je reprends mes droits. Spencer m’appartient. Je vous enverrai les restes…
Silence. Même Gideon se sent profondément troublé par ces mots, ce qu’ils suggèrent, ainsi que la violence et l’agressivité qu’ils renferment. Il hésite un instant puis repousse la photo comme un vulgaire papier sans importance, ou plus vraisemblablement comme s’il risquait à son contact une quelconque contamination. Il plonge ses yeux dans ceux de l’agent Hotchner et ce qu’il y lit l’effraie. Culpabilité, rejet…
-Aaron tu ne vas pas le suivre sur ce terrain-là ?!
-Tu sais ce qu’il veut dire aussi bien que moi. Et il a raison.
-Non, il a tort et il joue avec nos nerfs. Il veut te blesser. Aaron ce n’est pas le moment.
-J’ai guetté Spencer pendant deux ans, attendant le meilleur moment pour me l’accaparer. C’était un môme, Gideon ! Un gamin de 21 ans et je l’ai utilisé. Ou plutôt j’ai utilisé ses capacités et connaissances, sans me soucier du mal que je lui faisais. Il a failli se laisser sombrer dans la drogue et malgré cela, je n’ai rien fait pour le soutenir.
-Tu avais confiance et tu as été patient. J’en ai fait de même et nous avions raison. Spencer n’est plus l’enfant qu’il était. Il doit apprendre à gérer son stress. Il s’en est sorti seul et cela l’a grandi, lui a donné confiance en lui.
-Non, je l’ai exploité. En avais-je la légitimité ? Et de quel droit ? En cela, rien ne me différencie de Leland. Je le voulais et une fois qu’il a été en ma possession je n’ai pas su prendre soin de lui… tout comme de ma famille !
-Aaron ! Tu ne vas pas te laisser entraîner dans ce jeu malsain ! Reid est fragile mais très intelligent. Il savait à quoi il s’exposait. Il aime son métier et aime travailler avec toi. Tu es ce qui ressemble le plus à une figure paternelle pour lui. Et un père se doit de laisser son enfant découvrir par lui-même quelles sont ses limites. Spencer est plein de ressources et grâce à toi, il en a conscience. C’est pour cela que Leland veut te détruire. Comprends cela Aaron. Leland veut posséder Spencer pour lui seul et tu es un obstacle. Peut-être devrais-tu envisager cela sous cet angle.
Aaron semble sortir d’une étrange transe. Soudain il n’est plus l’homme accablé mais l’agent chevronné du FBI.
-Qu’est-ce que tu veux dire ?
-Que cette photo n’a rien d’anodin. Cela traduit un processus de préméditation au-delà de tout ce que l’on avait imaginé. Je pense que Leland suivait Reid de très prés, et nous par la même occasion. Son objectif en t’envoyant cette photo est de te détruire et de détruire par là-même la seule image, ou autorité paternelle, qui pourrait encore se glisser entre Spencer et lui.
-Oui, mais Spencer est entre ses mains et je n’ai plus aucun moyen d’interférer. En quoi suis-je un danger pour lui ?
-En rien, en tout cas pas plus que nous tous. Mais dans l’esprit dérangé de Leland tu es un rival, un obstacle. Méfie-toi.
Sur ces derniers mots, Gideon se lève et quitte Hotch, le laissant pensif, perturbé mais également rassuré. Se savoir une potentielle proie d’un psychopathe comme Leland n’a rien de rassurant en soit, mais penser que Spencer, le gamin qui n’en est plus un, voit peut-être en lui une source de réconfort…cela oui, ça réchauffe les cœurs et donne envie de se battre.
-Spencer…
Gideon sourit en entendant Aaron prononcer le prénom de son émule. Il sourit encore en entrant dans son propre bureau. Mais ce qu’il y voit le saisit !

***


Il pose la main sur son épaule, la faisant sursauter.
-Oulala, ne me refais jamais ce coup-là mon chou, j’ai perdu quelques battements cardiaques !
Morgan sourit et se met à genoux aux pieds de Pénélope Garcia.
-Que fais-tu mon preux chevalier ? Une déclaration ?
-Non ma douce, je cherche tes battements, c’est si triste de t’imaginer avec un petit cœur dépouillé !
Derek se relève, prend la main de Garcia et y dépose un baiser. Celui-ci ne fait qu’effleurer la peau de la hackeuse la plus surveillée du FBI, mais l’atteint droit au cœur. Elle fait son traditionnel sourire, plein de couleur, celui qui habituellement illumine tout interlocuteur. Elle sait qu’aujourd’hui elle n’obtiendra rien de plus qu’un petit sourire, pincé, forcé, mais c’est déjà pas mal. Lorsque l’équipe était rentrée la veille, vers 23heures, heure locale, ils étaient épuisés et profondément accablés. Ils avaient déjà vécu cela tous ensemble, tous soudés devant un écran qui leur montrait un Spencer torturé, tué puis réanimé… mais cette-fois-ci, c’était différent. Leland leur avait laissé trop peu d’indices et beaucoup trop de temps pour cogiter sur leur impuissance. Garcia ne compte pas assister inutile à la lente agonie de l’agent Reid. Elle fouillera, jour et nuit s’il le faut, elle décortiquera la vie de Leland et trouvera ce qui permettra à l’équipe de le sauver ! Pour une fois, le preux chevalier ce sera elle !
-Derek mon sucre d’orge, j’ai quelque chose pour toi.
L’agent s’assied aux côtés de Garcia et tente de suivre son cheminement d’esprit. Ecran de droite, celui de gauche, données jetées ça et là dans un ordre compréhensible uniquement par les petits génies du binaire. Même Spencer s’y perdrait !
-J’ai analysé le rapport d’autopsie de feu madame Leland.
-Et ?
-Sais-tu que son utérus avait été gravide.
-Ce qui signifie ?
-Qu’elle avait été enceinte. Je ne retrouve aucune trace de grossesse, mais voilà, soit on n’a pas autopsié la bonne personne, soit madame Leland a eu un enfant.
Derek se jette sur Pénélope, l’embrasse…
-Merci, ô déesse de l’informatique.
… et quitte la pièce au pas de course.

***


Dernière édition par l'enfanteuse le Mar 18 Nov 2008 - 19:03, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mar 18 Nov 2008 - 13:19

Du jaune, du rouge et un soupçon de bleu. Gideon s’approche du bouquet qui trône sur son bureau. Une petite carte dépasse d’un grand ruban au nœud rouge brillant. L’espace d’un instant il imagine y découvrir l’écriture fluide de Leland, mais rapidement il réalise que jamais le professeur ne lui ferait parvenir un tel feu d’artifice de couleur ! Qui donc pouvait être capable de cette décharge multi chrome ? Malgré des années de profilage, rien ne lui vient à l’esprit. Est-ce cela le plus effrayant ?
Jason s’approche du bouquet, prend la carte, l’ouvre puis s’effondre sur son fauteuil. Evidemment, il aurait dû s’en douter !
Garcia, qui d’autre ? Le mot est gentil, surréaliste, typique de l’informaticienne.
« Votre œil poché vous va à ravir. »
-Une admiratrice ?
Gideon se retourne, mi gêné, mi amusé. Si Derek savait !
-Une erreur. Tu as du nouveau ?
-Oui. D’après l’autopsie de l’ex-femme de Leland, il semblerait qu’ils aient eu un enfant.
Gideon est extrêmement surpris. Tout en parlant à Morgan, il l’entraîne avec lui dans le couloir, direction, bureau d’Aaron Hotchner.
-Cela paraît peu probable. Il faut savoir ce qu’est devenu cet enfant. Hotch ! Madame Leland a eu un enfant !
-Un enfant ? Cela n’apparait nulle part ! Derek, où vit le nouveau mari ?
-Au Nevada, dans l’ancienne maison de Leland. En fait, sa femme avait gardé la maison après leur séparation. Une maison familiale. D’après Garcia cela avait été une source de conflit durant le divorce mais l’instabilité de Leland et son côté « nomade » n’avait pas joué en sa faveur. Le mari en a hérité au décès de sa femme. Il y vit toujours.
-Ok, ça tombe bien. Derek, tu prends Prentiss avec toi et vous allez au Nevada. Je veux savoir tout ce qu’il y a à savoir sur Leland, sur son éventuelle paternité et sur cette maison. Il nous reste moins de dix jours pour retrouver Spencer. Prentiss et toi allez rester sur la Côte Ouest. Inutile de perdre du temps à parcourir le pays en long et en large. Leland a assez joué avec nous !
Derek regarde sa montre puis fait un clin d’œil en direction de Gideon en voyant entrer Prentiss, des cernes aux allures de panda et un immense pancake entre les dents. Sans attendre le moindre commentaire, Morgan s’éclipse, attrapant Emily au passage.
-Salut ma belle, remise du décalage horaire ?
-Ho non, Derek ! Ne me regarde pas comme ça, tu me fais peur. Ne me dis pas qu’on repart ?
-Si mais cette fois, on s’installe. Allez viens, je t’expliquerai en route !

***


Spencer se réveille lentement, par paliers progressifs, comme on s’extrait d’une gangue multicouche. D’abord reprendre pied dans un univers tridimensionnel, a priori beaucoup moins en vrac que celui des songes, puis dans la réalité en cours, celle de Leland. Spencer est de retour sur son lit métallique. Leland est à ses côtés, genoux à terre, lové contre son torse. La respiration de son bourreau est paisible, tout comme ses traits qui pour la première fois depuis ce début juin lui rappellent le joyeux professeur qu’il aimait tant. Doucement, minimisant au maximum ses mouvements, contrôlant autant que possible sa propre respiration, Spencer cherche le petit détail, celui qui pourrait lui sauver la vie. Comme toujours, tous ses sens se retrouvent percutés de données, bruits, odeurs, lumières, autant d’éléments que son cerveau trie et range dans les cases « à traiter en priorité » ou « données à analyser ultérieurement ». Première donnée : le volume de sa geôle a changé. Quelque chose a bougé. Une chose à la limite de la perception humaine mais qui coule et frôle la conscience Reidienne ! Spencer s’attarde sur la surface vitrée. Un léger reflet dessine une petite tâche sur l’angle qu’elle forme avec la faïence qui l’entoure. C’est donc cela. Le mur lui-même est une porte aux gonds dissimulés et à l’articulation particulièrement bien ajustée. Leland s’est endormi, laissant la porte légèrement entrebâillée. Un piège ? Spencer ne peut s’empêcher d’imaginer qu’il s’agit encore d’un chausse-trappe de son bourreau. Quelques minutes s’écoulent sans que Leland ne réagissant. Spencer se laisse aller vers un espoir, modéré, canalisé. Pour accéder à la sortie il lui faudra s’extraire de la répugnante étreinte de son tortionnaire. La deuxième donnée classée dans les priorités découle directement de ce difficile constat. Une perfusion au liquide jaunâtre se diffuse dans son bras gauche. Un rapide coup d’œil lui apprend qu’il s’agit d’un bionolyte glucosé à 5%. La couleur jaune n’ayant aucun rapport avec le contenu probable, Spencer en déduit qu’il s’agit d’un additif, vraisemblablement au vu de la couleur, d’un poly vitaminé. Voila comment Leland compte le maintenir en vie sans eau, sans nourriture. Une vie artificielle… quel avenir !
Délicatement, de sa main droite, Spencer retire le cathéter de son bras. Le liquide jaune vient couler dans sa main, se mélangeant au sang de la veine ainsi mise à nue. Rapidement, avec une fluidité presque féline, Spencer clampe la tubulure puis exerce une pression sur l’origine du saignement. Inutile de laisser des traces derrière lui… si tant est qu’il arrive à s’échapper. Son poignet gauche le fait terriblement souffrir, mais l’espoir est le meilleur de tous les antalgiques. Avec fluidité, il se glisse au bord du lit, laissant Leland retomber doucement sur le matelas. Avec une difficulté qu’il ne mésestimait pas, Spencer se redresse, accommodant lentement sa vision à la position verticale. Doucement, millimètre, par millimètre, il se redresse et se lève, luttant contre le malaise vagal qui le guette. Une profonde inspiration, quelques pas et le voila devant la porte. Un rapide coup d’œil en arrière lui dévoile une vision toute nouvelle de sa prison. Elle est lumière, blancheur et neutralité. De l’autre coté de la porte, il y a la pénombre et l’inconnue. Il y a la liberté aussi. Une autre inspiration et Spencer Reid, vingt-quatre ans, profiler au FBI, quitte enfin l’antre de Leland.

***


La maison est typique des habitations américaines qui se côtoient sans séparation évidente, sans intimité mais également sans charme. Une maison parmi tant d’autre. A la vue de tous, mais qui n’attire le regard de personne. Une maison neutre, sans signe distinctif, sans pancarte exhibant en rouge « ici vécu monsieur Leland, psychopathe ».
Derek frappe deux coups contre la lourde porte en bois. Deux coups brefs mais fermes. Il est l’heure du déjeuner dans cette banlieue de Las Vegas, mais pour les deux agents du FBI, il est à la fois le matin et le soir, le midi et la nuit. Leur horloge interne est totalement perturbée. Leur mental et leur moral aussi ! Un homme d’une bonne soixantaine d’années ouvre la porte, laissant une chaînette de sécurité entre lui et les deux agents.
-Moui ?
-Monsieur Dempsey ?
-Hum, hum.
Morgan ne prend pas ombrage de l’attitude suspicieuse du vieil homme. Mieux vaut être prudent de nos jours. Si tout le monde agissait avec ce minimum de précaution, le FBI n’aurait pas tant de travail. Morgan sait évidemment qu’il n’en est rien. Les psychopathes, les déséquilibrés, les bras vengeurs et tous les malades de l’univers savent mieux que quiconque s’adapter. C’est ce qui fait la difficulté de leurs recherches quotidiennes, c’est ce qui en fait l’intérêt également. Pourtant, en cet instant, Derek aurait aimé qu’il en soit autrement. Qu’en ouvrant la porte, il découvre Leland et Spencer… mais cela aurait été trop beau ! Avec un petit soupir résigné, Derek tend sa carte. Emily fait de même avant de se présenter.
-Monsieur Dempsey, nous sommes les agents Morgan et Prentiss du département d’études du comportement. L’agent Jareau vous a annoncé notre venue n’est-ce pas ?
-Moui.
-Pouvons-nous entrer ?
-Moui…

***


La transition entre sa prison et cette pièce est brutale. Spencer se retrouve dans une salle assez étroite, plus basse de plafond qu’il ne l’imaginait et aux murs de béton bruts recouverts de rayonnage et de bric-à-brac. Pas de lumière, hormis le projecteur qui noyait littéralement sa petite cage de faïence blanche, pas de fenêtre apparente, rien. L’espace est réduit mais exploité au maximum. Un recoin semble visiblement voué au bureau. Une table sommaire, métallique, rivée au sol par d’impressionnants boulons. Une table de type militaire. Au-dessus sont installés de multiples écrans d’ordinateur, comme une annexe au refuge de Garcia. Sans la couleur, la gaité et la touche enfantine. L’un montre une entrée, petite mais fonctionnelle. Un autre présente un salon, vieillot avec un canapé en gros velours marron recouvert d’un plaid écossais. Un troisième montre une cuisine aux couleurs oranges des années soixante-dix et au sol en linoléum. Un homme y mange tranquillement en lisant un journal replié aux trois-quarts. Spencer s’attarde peu sur ces images de voyeuriste qui lui rappelle un autre très mauvais moment de son existence. Il préfère se concentrer sur le présent et sa recherche de liberté. Il affine sa vision d’ensemble. Tout est scellé, fixé pour résister à tous mouvements intempestifs. Le mobilier est basique, utilitaire. Aucune touche personnelle ou simplement humaine ne transpire de ce qui semble être un véritable blockhaus, sans porte ni fenêtre. Une issue existe pourtant mais Spencer tarde à la trouver. Au plafond, dans un angle abandonné de toute lumière, se dégage une petite trappe d’où émergent quelques marches métalliques de ce qui semble être un escalier pliant de grenier. Spencer s’en approche mais trente bons centimètres séparent sa main tendue de la première marche. Spencer se retourne vers Leland. Celui-ci n’a pas bougé. Soudain l’espoir gagne du terrain. Peut-être finalement… peut-être a-t-il une chance de survivre.
Spencer Reid tente de sauter ces quelques centimètres qui l’éloignent de la liberté, mais son corps affaibli le soulève à peine. Ses genoux, incapables de le soutenir davantage choisissent ce moment pour l’abandonner. Spencer se retrouve avachi au sol, ses jambes repliées sous lui, en appui sur ses deux mains. L’une criant au calvaire, l’autre marquant le sol d’une empreinte ensanglantée. Son poignet gauche termine d’achever ses résistances. Sans guère d’autres choix, Spencer se laisse tomber au sol, espérant récupérer un peu d’énergie.
-C’est ici que mon père est mort.
Spencer ouvre les yeux mais ne dit rien. Que dire de toute façon ? Il ne regarde pas Leland qui s’est approché de lui. Il devine sa présence, c’est bien suffisant. Spencer fixe le plafond et le petit bout d’escalier qui le nargue.
-Papa a construit cet abri antiatomique au début des années soixante, dans le contexte de paranoïa qui a suivi la crise cubaine. Surtout qu’ici nous sommes assez proches du désert du Nevada et des essais nucléaires de nos gouvernements successifs. Mon père vivait dans la crainte d’un accident ou d’un conflit. Il est mort alors que l’un d’eux se déroulait, mais loin d’ici. Il venait régulièrement vérifier les stocks de vivres, de médicaments… Quand je suis rentré du Golfe, je l’ai retrouvé exactement là où tu te trouves, recroquevillé sur lui-même. Il avait dévalé l’escalier, se brisant les deux jambes et un bras. Quand je suis descendu, il était mort depuis plus d’un mois, sans que quiconque ne s’inquiète de sa disparition, du lait et des journaux qui s’entassaient devant la porte. Il est mort de faim, de soif, de peur ou de douleur … je ne le saurai jamais. Mais il est mort seul. Il ne le méritait pas.
Spencer regarde l’escalier qui avait été un temps son espoir de fuite puis la trace que sa main ensanglantée avait laissée au sol. La situation lui apparaît maintenant sous un nouveau jour. Cet endroit a été le tombeau de Leland père et sera sans aucun doute le sien, tel un caveau familial. Spencer y voit une certaine ironie et c’est avec un sourire espiègle qu’il imagine les générations futures de profilers, devant étudier la chose. Il regarde maintenant Leland, attentivement, comme on étudie un tableau. Il n’écoute pas les propos mais examine ses expressions, ses rictus et autres mimiques qui en dévoileraient davantage sur sa personnalité. Pour le moment tout traduit la nostalgie et la culpabilité. Les yeux du bourreau sont emplis de larmes et par moment sa voix chevrote. Spencer ne se laisse pas attendrir. Pas question d’un quelconque transfert. Ici il n’y a qu’une victime et c’est lui ! Spencer quitte Leland pour s’attarder davantage sur son nouvel environnement. Malheureusement il a maintenant tout le temps pour s’y employer. Ce genre d’abris est parfaitement insonorisé. Evidemment si des radiations atomiques ne peuvent y pénétrer, il serait incroyable que quelques décibels puissent s’en échapper ! Spencer examine de nouveau son petit coin de torture. Il tente de deviner quel sera son aspect lorsque ses amis le découvriront. Au bout d’un mois, comme Leland père ? Seul ? Il est plus que vraisemblable qu’ils découvriront deux cadavres enlacés. Leland éprouve une révulsion très marquée pour la mort solitaire de son père. Son plan est donc devenu limpide pour Reid. Ceci sera plus que jamais un caveau familial.
-Tiens tiens, regarde qui va là ?
La voix enjouée de Leland frappe Spencer. D’un mouvement de tête Leland lui indique le coin bureau et les multiples écrans. Ce que l’agent du FBI découvre sur l’un d’eux lui coupe la respiration. Derek et Emily, discutant avec le vieux monsieur, devant le canapé au velours marron.
-Qu’est-ce… ?
-Vois-tu, ce bunker est construit juste sous la maison de mon père. A sa mort j’ai condamné l’entrée que tu tentais stupidement d’atteindre. Elle donnait justement dans cette pièce, mais n’aie aucun espoir Spencer, il n’en reste aucune trace. Ma femme n’a jamais deviné l’existence de ce lieu, ni des caméras qui couvrent toute la maison. C’est mon père qui en était à l’origine. Il vivait vraiment dans une peur panique d’être agressé par des ennemis, surtout des communistes ! J’ai un peu amélioré le système. Ecoute.
« Pourquoi avez-vous demandé une autopsie de votre femme monsieur Dempsey ? »
Leland enclenche une touche, rendant brutalement muettes les images.
-Je vais te le dire, mon petit Spencer. Parce qu’il est loin d’être idiot.
Si Spencer Reid doutait de sa lucidité sur son avenir, maintenant les choses sont plus que limpides. Le professeur Leland a fait le vide autour de tout ce qui fut son passé. Sans pouvoir se contrôler, Spencer se met à trembler. Et si Leland décide de faire de même avec son propre passé ? Sa mère, ses amis ?


http://fr.youtube.com/watch?v=TD0zzFZopcA


Dernière édition par l'enfanteuse le Mar 18 Nov 2008 - 19:04, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mar 18 Nov 2008 - 16:37

magnifique suite
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Tanlee
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mar 18 Nov 2008 - 19:24

Un chapitre superbe. J'ai beaucoup aimé le passage entre Gideon et Hotch. Et la fin est terrible pour Reid et pour nous lecteurs condamnés à attendre la suite pour savoir si Prentiss et Morgan le trouvent enfin. Mais quelque chose me dit que ce serait trop simple ?!
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mer 19 Nov 2008 - 17:05

Tanlee a écrit:
Un chapitre superbe. J'ai beaucoup aimé le passage entre Gideon et Hotch.
Merci à vous deux! merci2

Citation :
Et la fin est terrible pour Reid et pour nous lecteurs condamnés à attendre la suite pour savoir si Prentiss et Morgan le trouvent enfin. Mais quelque chose me dit que ce serait trop simple ?!
Ha la grande expérience! angel Dire que derek est juste au-dessus. Quand on y pense, c'est vraie que c'e nest pas sympa. diablo
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MessageSujet: chapitre dix   Ven 28 Nov 2008 - 14:48

Chapitre dix

Everything is broken


Broken cutters, broken saws, Broken buckles, broken laws, Broken bodies, broken bones, Broken voices on broken phones. Take a deep breath, feel like you're chokin', Everything is broken. Every time you leave and go off someplace Things fall to pieces in my face


- Pourquoi avez-vous demandé une autopsie de votre femme monsieur Dempsey ?
Les agents Morgan et Prentiss sont installés sur le vieux canapé. Un peu partout sur la commode, sur le rebord de la cheminée, ou même sur la table basse, trônent des photographies du couple Dempsey. L’homme a transformé sa maison en mausolée à la mémoire de son ex-femme. Il fait face aux deux agents du FBI, mais ne les regarde pas. Sa tête est entre ses mains, cachée, soutenue.
- Parce que ma femme allait très bien, n’avait pas d’antécédents cardiaques et rien ne me permet de croire que sa mort soit naturelle.
-Et qu’est-ce qui vous permet de croire le contraire ?
Monsieur Dempsey relève la tête, montrant pour la première fois son regard et l’expression de haine qui y brûle. Il fixe Derek avec intensité. Ses mots sont contrôlés mais la rage semble proche de l’implosion.
-Parce qu’il l’a tué. Je le sais.
-Et… Il, c’est… ?
-Leland ! Le premier mari de ma femme. Mais je suppose que si vous êtes ici, ce n’est pas pour m’entendre me plaindre. Je sais que l’autopsie de ma femme n’a rien démontré de concluant. Pourquoi êtes-vous là ?
-Monsieur Dempsey, nous ignorons si la mort de votre femme est accidentelle ou non. Mais nous enquêtons effectivement sur monsieur Leland. Acceptez-vous de répondre à quelques questions sur les relations qu’ils entretenaient durant leur vie commune ?
-Exécrables ! Voila comment étaient leurs relations. Birgit… c’est, enfin, c’était ma femme. Birgit m’a toujours dit qu’il lui faisait peur. Au début de leur relation, cela allait encore. Birgit est issue d’une famille militaire, et pour ses parents, la voir épouser un futur officier, c’était ce que l’on pouvait rêver de mieux pour elle. Et au début, ils étaient heureux, mais à son retour du Golfe… Ils sont venus s’installer ici, dans la maison du père de Leland. Vous savez qu’il est mort ici, dans cette maison, quelque part. Birgit en parlait souvent. Elle disait qu’il était… je parle du père, vous me suivez ?
Prentiss pose une main compatissante sur le genou de monsieur Dempsey. Ses idées partent un peu en tout sens mais les enquêteurs ont l’habitude de ce genre de chose. Ils prennent les informations, les trient et en tirent le meilleur. Il est parfois utile de bousculer un peu les témoins pour qu’ils forcent davantage leur mémoire, mais monsieur Dempsey est une victime, non un suspect et le brusquer risquerait davantage de le braquer contre ce qu’il vit déjà comme une injustice non reconnue par l’Etat. Beaucoup de gens associent, pas forcément à tord, FBI et Etat, imaginant qu’à travers ses agents, c’est Big Brother qui pénètre chez eux. La prudence et la douceur sont parfois nécessaires, surtout avec les personnes de la génération de monsieur Dempsey.
-Nous vous suivons parfaitement monsieur Dempsey. Prenez votre temps.
-Elle disait qu’il était tantôt comme son propre père, très autoritaire, limite brutal parfois, et tantôt comme sa mère, maternant, doux et prévenant. Birgit adorait monsieur Leland et son fils lui ressemblait beaucoup avant la guerre. Je l’ai un peu connu enfant. Il n’était pas très sociable, mais plutôt gentil. Il était orphelin de mère vous savez. Enfin… Puis dès qu’ils se sont installés ici les choses ont vraiment changé. Birgit pensait que la mort de son père, sa découverte au retour du Golfe et la guerre elle-même avait fait de son mari un autre homme.
-Il était violent ?
-Non mais il exerçait sur elle une très forte pression qu’elle ne supportait pas. Nous… nous nous sommes fréquenté à cette période-là. Juste un peu, quelques sorties. Puis un jour, Birgit a rompu tout contact, prétextant vouloir rester fidèle à son époux et regrettant notre amourette. Je n’y ai jamais cru. Après plusieurs mois de silence, elle est revenue me voir, affolée, bouleversée, et m’a demandé de l’héberger le temps de son divorce. Elle avait très peur. J’ignore ce qui s’est passé, elle refusait d’en parler. Depuis ce jour nous ne nous sommes plus quittés. Enfin, jusqu’à…
-Monsieur Dempsey, ce que je vais vous dire va peut-être vous choquer, mais ma question est très importante pour l’enquête. Vous comprenez ?
-Oui, je comprends. Allez-y.
-Bien. Savez-vous si votre femme a été enceinte ?
-Hein ? Je…
Monsieur Dempsey se lève, fait quelques pas vers la cuisine et y disparait. Derek et Emily prennent le parti de le laisser un peu respirer. L’attente est de courte durée. L’homme endeuillé revient, un verre au fluide ambré dans la main. Il le secoue doucement, faisant s’entrechoquer deux glaçons, puis s’installe face aux agents. D’un geste brusque Dempsey boit une généreuse gorgée, puis sans quitter des yeux le vénérable whisky, cherchant peut-être à s’y noyer un peu, il reprend son souffle et la discussion.
-Je ne lui ai jamais posé de question à ce sujet mais oui, je pense qu’elle était enceinte et que c’était la cause de notre rupture. Je l’ai accepté à l’époque car flirter avec une femme malheureuse est une chose, courtiser une femme enceinte d’un autre homme en est une autre. Quand elle est revenue vers moi, six mois plus tard, elle aussi avait changé. Pendant longtemps elle se cachait sous d’infâmes robes et il a fallu beaucoup de temps avant qu’elle accepte de nouveau d’être… aimée. Je me suis dit que Leland lui avait fait du mal et qu’elle avait peur des hommes mais je pense qu’elle venait d’accoucher, prématurément, seule, chez-elle.
-Qu’est-ce qui vous fait croire cela ?
-Un jour je lui ai demandé de fonder une famille, d’avoir des enfants. Elle a fait une crise de nerfs, magistrale. J’ai été obligé d’appeler son médecin de famille. Il lui a fait une piqûre, elle a dormi et on n’a plus jamais évoqué la chose. J’ignore ce qui c’est passé dans cette maison, mais je peux vous montrer une chose… suivez-moi.
Dempsey se lève et sans attendre les enquêteurs, file vers la cave. Celle-ci est fermée par un gros cadenas rouillé. Dempsey le tortille puis l’ouvre sans mal.
-C’est tellement abîmé qu’une clé est inutile. Ma pauvre Birgit a toujours voulu que ce lieu soit clôt. Elle ignorait qu’un simple tour de main suffisait à l’ouvrir.
-Elle n’allait jamais dans la cave ?
-Non. Elle disait que la mort y régnait. Je pensais qu’elle parlait de monsieur Leland, mais maintenant…
-Monsieur Dempsey, accepteriez-vous que nous jetions un œil ?
-Vous pouvez même retourner la terre et détruire cette demeure et ses annexes si le cœur vous en dit.
Morgan allume sa torche pour complémenter un éclairage succinct et peu efficace. Pendant qu’il descend les quelques marches conduisant au sous-sol, Prentiss raccompagne monsieur Dempsey au salon.
-Je prendrai bien une tasse de café. Puis-je ?
-Oui, il y en a à la cuisine.
Emily laisse quelques instants monsieur Dempsey mais continue l’interrogatoire de la cuisine, mine de rien, comme une discussion entre deux convives.
-Vous parliez d’annexes à la maison. De quoi s’agit-il ?
-En fait, à son divorce, Leland a laissé, bien à regret, cette maison à ma femme. Mais il a conservé la grange et la maison des domestiques. Cette demeure appartenait à sa famille maternelle. C’est l’unique chose dont il a hérité de sa mère puis de son père. Les deux locaux ont été transformés en logements locatifs par Leland. Ainsi, même si je ne l’ai jamais revu depuis le divorce de ma femme, j’avais tout de même l’étrange sensation d’être observé, épié. Birgit aussi. C’est pour cela que nos volets étaient souvent fermés et nos rideaux occlusifs. Même des années après, il nous hantait. Peu avant sa mort, Birgit m’a dit l’avoir croisé devant l’ancienne grange. Il lui a fait peur.
-Vous savez pourquoi ?
-Il lui a dit que bientôt il aurait enfin ce à quoi il aspirait le plus.
-D’après vous il parlait de quoi ?
-Je l’ignore mais Birgit n’est plus sorti pendant une semaine et… Et la suivante, elle est morte.

***
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Ven 28 Nov 2008 - 14:48

-Il est malin n’est-ce pas ?
Spencer ne répond pas. Leland est face aux écrans, tournant le dos à Spencer. Ce dernier le regarde fixement, se demandant pourquoi il ne l’a pas tué alors qu’il en avait l’occasion. Pourquoi n’a-t-il pas utilisé la tubulure de sa perfusion pour l’étrangler ? C’est souple et résistant, parfait pour ceinturer une petite gorge si tentante. Le latex se serait enfoncé dans la peau vieillit du professeur, atteignant sans mal les carotides, les obstruant. Et avec un peu de force et de chance, la trachée n’aurait pas appréciée non plus… Quel étrange lien le lie encore à son bourreau ? Spencer n’a pas besoin de s’exprimer verbalement pour faire exploser ses sentiments. Ses émotions sont des charbons ardents prêts à tout incendier. Leland ne s’y trompe pas. Il connaît si bien son petit protégé qu’il anticipe ses pensées, ses désirs et ses haines. Leland ouvre un tiroir et en sort un instrument lourd, à l’aspect assez semblable à un gros pistolet à eau d’enfant. Il le pose sur le bureau et le caresse des doigts. Cela fait longtemps qu’il imagine son utilisation, longtemps qu’il attend ce moment, comme une révélation. Avec un soupir de résignation, il n’est pas encore temps, Leland repousse l’engin et extirpe du tiroir un second révolver, celui-ci bien réel et bien fonctionnel. Leland le prend bien en main puis se poste face à Spencer qu’il met en joue. Ses intentions ne sont pas de tirer, pas encore, mais simplement d’amener Spencer dans ses dessins.
-Tu peux hurler, tu peux crier Spencer, il ne t’entendra pas. Ce ne sont pas tes lamentations qui traverseront les murs de béton qui te séparent de lui.
Lui, c’est Derek Morgan. Depuis quelques minutes les imagent présentent l’agent du FBI fouillant de sa torche la vieille cave des Leland. Spencer suit le regard du vieux professeur qui tombe sur un mur borgne où s’entassent de vieilles caisses. Un schéma se dessine dans le cerveau du docteur Reid. La maison avait un sous-sol total dont une partie fut transformée en cave et l’autre en abri antiatomique. De l’autre côté d’un de ses murs, il y a un agent du FBI en quête de preuves, en quête d’éléments. Et Spencer compte bien lui en donner, des éléments ! Le rire de Leland interrompt ses réflexions.
-Tu peux hurler Spencer, de simples cris ne pourront jamais l’atteindre.
-Des cris certainement…
Le regard de Spencer laisse peu de doutes sur ses intentions. Des cris, certainement, mais une déflagration, peut-être. Spencer canalise toute son énergie, ses dernières réserves retranchées dans des recoins de son corps, tout est mobilisé dans un but ultime. Spencer bondit vers Leland et son arme. Pour une fois Leland est pris au dépourvu. Il attendait cette action évidemment, mais pas si tôt, pas avec tant de force et… de courage. Décidément Spencer est bien plus vif d’esprit, même fragilisé et affaibli, qu’il ne l’imaginait. La surprise est bonne mais la conséquence fort désastreuse. Leland se voit contraint d’agir et son reflexe premier est d’enfoncer la gâchette libérant ainsi le projectile. Ce dernier, propulsé à grande vitesse, traverse la cuisse de l’agent Reid s’en s’y attarder puis vient se figer dans le mur de derrière. Spencer s’étale au sol, une main sur la jambe. Avec une grimace de douleur, il se rétablit légèrement en prenant appui sur sa main droite, puis dans un petit rire torturé, Spencer plonge son regard dans celui de Leland. Commence alors une diatribe aux mots un peu cassés, mal maitrisés parfois, mais au débit toujours aussi rapide et au ton tellement rayonnant qu’ils lui donnent une ampleur triomphale.
-Le Desert Eagle est très caractéristique. Savez-vous que les cartouches 50 Action Express ont une vélocité de 1400 pieds par seconde ? Tout cela n’a pas grande importance quand il s’agit simplement d’atteindre sa proie, mais cela en a davantage quand l’on sait que cela détermine, avec la quantité de poudre, la sonorité d’une détonation. Si vous vouliez être plus discret, il aurait été judicieux d’investir dans un canon plus long. Vous n’avez pas pensé à tout professeur.
Spencer ignore si son action atteindra son objectif, mais il a gagné la satisfaction de surprendre Leland, et cela lui redonne un peu d’espoir. Le regard de Spencer se porte vers Derek Morgan. Sur l’écran celui-ci semble interloqué. Il cherche visiblement l’origine du son perçu, léger, étouffé mais réel. Derek regarde autour de lui puis fonce vers l’escalier, vers la sortie, vers Prentiss qu’il imagine soudain en danger. Le danger est bien présent, mais il n’est pas au-dessus de sa tête, il n’est qu’à quelques mètres sur sa gauche, quelques mètres qui le séparent d’un Spencer Reid que tout semble abandonner. Voyant Derek quitter la cave, Spencer laisse s’échapper ses ultimes ressources. Même s’il tente de garder au fond de lui le plaisir de son éphémère victoire, Spencer ne peut plus lutter contre la douleur qui compte bien reprendre ses droits. Elle s’était faite petite, sourde et pernicieuse, maintenant elle explose au bord externe de sa cuisse droite pour s’insinuer tout le long de sa jambe et irradier tant que possible dans le dos et les reins de sa victime.
De son côté, Leland tente de cacher sa déconvenue et sa surprise. Spencer l’a bien eu mais en fin de compte, cela ne change pas grand-chose à la donne. Il reste maître du jeu et Spencer, l’outsider, devra compter avec sa petite main. Quelques secondes suffisent à Leland pour redevenir maître de ses émotions. Affichant un grand sourire, il s’approche de Spencer qui gît sur le sol, gémissant silencieusement. Son visage est comme de la cire, luisant et marbré. Une pellicule de sueur le recouvre et suinte sur sa peau au rythme des frissons qui ébranlent son corps. Leland pose un genou à terre et examine la blessure qu’il a bien involontairement été obligé d’infliger à Spencer. Il éprouve un étrange sentiment paradoxal de plaisir et de révolte. Il ne comptait pas utiliser son arme de façon aussi directe. Admettre que Reid l’a conduit hors de ses plans est impossible, Leland préfère croire qu’il a juste précipité l’inévitable… La preuve n’est-elle pas la jouissance qu’il éprouve à regarder son enfant impuissant dépendre de son bon-vouloir ? D’une main compatissante, il repousse une mèche de cheveux et caresse le visage frémissant de Spencer.
-Tu as vraiment été idiot, mais c’était bien tenté. Peut-être que ton ami Morgan aurait pu comprendre, s’il avait eu vent de l’existence de ce lieu. Mais ce secret est entre mon père, toi et moi. Tu vois, il est bien gardé ! Pour l’agent Morgan, il s’agit au mieux d’un son lointain mal analysé et au pire d’une illusion de son esprit. Regarde, ils quittent déjà la maison. Ils t’abandonnent mon petit, et malheureusement je vais devoir en faire autant.
Leland se relève, retourne vers le petit bureau et saisit l’étrange engin qu’il avait laissé là en attente d’usage. Spencer ne voit pas ce que prépare son bourreau et d’une certaine façon, il en a cure. La douleur de sa cuisse est assez supportable, en comparaison du sentiment d’échec qui l’oppresse. Il a joué son dernier atout, pour reprendre les métaphores de Leland, et il a perdu. Pourtant il est certain, à la réaction de Derek, que celui-ci a parfaitement reconnu le son d’une arme. Mais il a baissé les bras et laissé le paraître l’emporter sur son instinct d’agent du FBI. Spencer a la désagréable impression que la fin n’a jamais été aussi proche. La fièvre qui l’assaille n’est sans doute pas étrangère à ses divagations pessimistes. Quoique d’un regard de profiler, Spencer Reid, a d’autres raisons de s’inquiéter ! Leland va s’en aller. Il ne le laissera surement pas sans s’assurer de son inoffensivité. Spencer ne se sent pas particulièrement dangereux en l’état, mais cela ne suffira certainement pas à Leland comme garantie. Sur ces sombres pensées, le présent se rappelle à Spencer sous la forme d’un sermon, prémices incontestable d’un futur plus sombre encore que ses pensées.
-Je dois y aller Spencer. Je suis navré mon petit, mais je ne peux pas te faire confiance. Je sais que tu tenterais l’impossible pour t’échapper.
Leland retourne Spencer sur le dos et éloigne ses mains de son corps. Le jeune homme n’oppose pas la moindre résistance. Il ne peut retenir un petit cri aigue lorsque Leland pose un pied sur son poignet gauche, déjà bien malmené, puis son autre pied sur son poignet droit. Maintenu ainsi, le docteur Reid se sait particulièrement vulnérable. Une position humiliante de soumission qu’il ne peut malheureusement pas rompre malgré ses faibles mouvements de résistance.
-Sais-tu que tu te trouves exactement là où mon père a souffert, cloué au sol par la douleur et un corps qui l’avait abandonné. Mais moi je ne t’abandonnerai pas mon petit Spencer. Non, Bosco sera toujours là pour toi. Tu seras Lui, mais ta fin sera autre et sera mienne.
Leland se met à terre, la tête de Reid coincée entre ses genoux fléchis, et les poignets de l’agent entravés sous la pression de ses chevilles. Doucement il se penche en avant et pose ses lèvres sur le front fiévreux de sa victime.
-Pardonne-moi.
Ces mots s’accompagnent d’une curieuse sensation métallique sur la main droite de l’agent. Spencer comprend rapidement qu’un instrument y a été apposé. Il tente sans succès de détourner ses yeux de ceux de son bourreau, espérant ne plus y être liés au moment où la douleur apparaîtra. Chaque action de Leland entraîne une réaction des plus désagréables pour Spencer, et tous laissent à croire que le dit-engin ne va pas simplement lui caresser la paume de la main. Une seconde s’écoule, mais une multitude d’information s’échange dans le regard des deux hommes. Soudain Spencer comprend de quoi il s’agit. Pris de panique il commence à se cabrer comme un cheval sauvage. Maigres efforts sans réel résultat, autre que d’exacerber le contact physique entre le bourreau et la proie, un contact répugnant et malsain. Spencer voudrait crier, demander grâce, si cela était utile, mais il sait que cela aussi ne ferrait qu’amplifier la satisfaction de Leland. Aussi serre-t-il les dents, espérant pouvoir se contenir le moment venu.
-Je suis désolé Spencer.
Pour toute réponse un petit chuintement, fugace, le cri de la machine. Le hurlement de Spencer, pénétrant, tragique et pitoyable. Un second chuintement et le cri se décuple puis disparaît avec la conscience malmené et troublé de Spencer. Leland se redresse et regarde le filet de sang qui s’écoule loin de la main meurtrie de sa victime. D’un petit bond il libère sa proie devenue insignifiante puis retourne vers les étagères de bricolage. Un rapide regard pour Spencer qui gît inerte, là où quelques années auparavant, il avait découvert son père. Une larme roule sur sa joue. Sa vision se trouble momentanément quand se superposent l’image de son père, vêtements déchirés, peau décharnée et celle de Spencer, dénudé en partie… si fragile, si attendrissant. Qu’il est difficile de ne pas se jeter sur lui pour le prendre dans ses bras et le réconforter. Mais son père était resté ainsi plusieurs jours avant de mourir, Spencer pourrait sans doute le supporter quelques heures ! Leland se détourne de l’objet tant convoité, range le pistolet à clous, éteint la lumière, plongeant le blockhaus dans l’obscurité, amplifiant par ce geste les gémissements d’un Spencer encore légèrement présent.
-Moi aussi j’avais peur du noir. Je reviens le plus vite possible Spencer, mais j’ai une promesse à tenir.
Leland se dirige vers la sortie de secours qu’il avait dû initier avant de s’isoler de sa maison. Spencer aperçoit juste un petit rayon de lumière fugace puis quelques mots qui le cueillent brutalement, l’extrayant de force d’une torpeur qu’il appréciait particulièrement. Des mots qui le projettent dans une douleur bien plus infinie que celle du corps.
-Tu ne voudrais pas que je déçoive l’agent Hotchner n’est-ce pas ?
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Tanlee
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Ven 28 Nov 2008 - 15:24

houlala ça sent la fin ?! et plus la fin approche et plus c'est dur d'attendre la suite ! Très bon suspense en tout cas, tu vas me faire devenir complètement nut à jouer avec mes nerf ainsi ! Mais dit tu ne vas pas tuer Reid quand même après tout ce qu'il a enduré ?! :prie:
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Ven 28 Nov 2008 - 17:02

Toujours très bien.
Ton style d'écriture est très sympa à lire ^^
Bon , et que nous réserves-tu pour la suite ?
Perso' , je suis d'accord , moi aussi je sens bien la fin..
Mais j'ai un doute au niveau de Derek..J'ai pas l'impression qu'il soit parti parce qu'il pense qu'il a rêvé..
Ca cache des choses tout ça ! Vivement la suite !
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mer 10 Déc 2008 - 16:08

quoi dire d'autre que c'est magnifiquement bien écrit c'est vrai que ca sent la fin et que c'est vrai que ca va etre dur d'attendre la suite.
voila magnifique histoire.
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lureglo
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Mer 10 Déc 2008 - 16:21

J'ai pas encorre lu ta fic mais je viendrais voir
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Sam 3 Jan 2009 - 18:11

ta fic est tellement bien que je l est lu en une fois vivement la suite !! applaud sourit0
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Dim 11 Jan 2009 - 21:15

Super ta fic, j'adore !
Je viens de finir de lire

C'est quand que tu met la suite ? j'ai hâte de la voir.
Tu va pas faire mourir Reid ?

Tiens je viens d'avoir une idée, enfaite Prentiss a vu qu'il y avait des caméras, et quand Morgan remonte qui pense toujours avoir entendu une arme.Il se mette en dehors de la maison attendent que le professeur sortent et le chope et puis il sauve Reid.
Dis-moi que c'est ça et que Reid meurt pas ?
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Dim 1 Fév 2009 - 14:39

Chapitre onze


Émergence


I’m on your side. Oh, when times get rough
And friend just can’t be found
Like a bridge over troubled water, I will lay me down.
Like a bridge over troubled water, I will lay me down.

***

I’ll take your part. Oh, when darkness comes
And pain is all around,
Like a bridge over troubled water, I will ease your mind.
Like a bridge over troubled water, I will ease your mind.


4 juin
Quantico 8H02 AM

Evidemment, dire qu’il règne dans les bureaux de la BAU une certaine effervescence serait un pléonasme, mais ce matin l’atmosphère est particulièrement chargée. Hotch, fidèle à ses habitudes de chef, surgit hors de son bureau pour héler ses agents.
-Débriefing dans cinq minutes !
Alors que tous les agents présents lèvent la tête hors de leurs dossiers, Hotch réalise que seul JJ est présente dans le grand hall. Gideon est dans son bureau, Prentiss et Morgan sont au Nevada… quant à Spencer, qui sait où il est en ce moment ? L’interrogation assaille le profiler du FBI comme une vérité qu’il avait négligée. Depuis le début il tente de traiter le dossier comme s’il s’agissait d’un sujet lambda, mais malgré ses convictions et leur bien-fondé, il est évident que rien n’est comme d’habitude, à commencer par l’absence d’un des leurs, d’un membre de leur famille !
-Hum, hum. JJ, tu peux aller chercher Garcia et…
-Monsieur l’agent spécial Hotchener Aaron ?
-Hotchner, sans e ! Qui le demande ?
L’homme exhibe un logo bleu et orange, comme si cela justifiait à lui seul son intrusion dans les locaux du FBI et son impolitesse.
-Fe-Dex ! Signez-là et je vous laisse à vos occupations. C’est quoi aujourd’hui ? Un Hannibal Lecter ou un Charles Manson ?
-Fichez-moi ce gars dehors, ainsi que celui qui l’a laissé enter!
-Hé mais j’ai rien fait moi ! Tout doux Mulder, je m’en vais. Vous pouvez signer là quand même ?
Furieux, Hotch arrache le paquet des mains du coursier, griffonne un rapide « n’importe quoi » sur le reçu et propulse l’homme vers les agents de la sécurité, tout penauds de leur bourde.
-Monsieur, on est désolé, on…
-DEHORS !
Un rappel à l’ordre explosif et clair qui installe instantanément un climat silencieux et studieux dans la grande pièce. Hotch se retourne vers JJ et la fusille du regard noir des plus mauvais jours.
-Tu veux un ordre écrit, sans doute ? Deux minutes JJ !
Sur ces mots, Aaron retourne à son bureau sur lequel il jette négligemment le paquet avant de s’affaler sur son fauteuil, la tête entre les mains. Deux minutes pour se ressaisir, c’est amplement suffisant pour un pro comme lui. Une minute, quelques respirations abdominales profondes, et Hotch se calme… un peu. Relevant la tête, son regard tombe douloureusement sur le colis, petit, juste une enveloppe kraft, un peu épaisse. Une cassette audio peut-être ? Hotch hésite. Ses agents vont l’attendre, mais si ce pli à un lien avec l’affaire, il est des plus urgent. Du coin de l’œil Hotch voit passer Garcia puis Gideon. De toute évidence, JJ a compris la demande partiellement formulée. Promptement, d’un coup de ciseau, l’agent ouvre le recommandé. Son visage se fige, ses doigts se crispent sur le contenu informe mais parfaitement identifiable. Finalement l’urgence est d’agir, et vite, très vite !

***


Spencer essaye de canaliser ses angoisses, mais celles-ci se jouent de lui depuis trop longtemps pour ne pas savoir comment éviter ses faibles tentatives de raisonnements. Des fantômes l’enveloppent comme un linceul dont la trame, issue des ses pires cauchemars, s’étire à l’infinie. Parfois l’obscurité du blockhaus est telle qu’elle semble pénétrer les voies respiratoires de l’agent. Spencer tousse. Un son rauque, né d’une irritation bien réelle.
La première heure, Spencer avait gémi, doucement, gardant sa souffrance bien enfouie en lui. La seconde heure fut celle des hurlements, des cris de douleurs et d’effroi. Seul dans la pénombre, Spencer avait laissé libre cours au langage de son corps. Des tremblements incoercibles l’avaient secoué, projetant hors de toutes limites la douleur de sa cuisse, de sa main, de son poignet, mais plus que tout autre chose, de son esprit meurtri. La troisième heure n’avait pas compté. Peut-être parce qu’elle s’était unie aux autres, quatrième, cinquième et les suivantes, formant un tout unique sans commencement et sans fin apparente.
Spencer agite son bras gauche au-dessus de lui, comme pour chasser les ectoplasmes qui le survolent.
-Allez-vous-en ! Laissez-moi !
Pourvu d’une vie que seul l’esprit peut créer, les fantasmes de Spencer lui répondent, de façon aléatoire, tantôt un Aaron Hotchner éventré, tantôt une JJ énuclée, parfois même un Spencer enfant aux stigmates d’un Jésus des temps modernes.
-C’est de ta faute Spenc’
-JJ, non je t’en prie, tu sais que c’est faux.
-Agent Reid, vous me décevez, vous êtes pitoyable !
-Gideon, je suis désolé, je sais que vous me croyez plus fort que tout ça, mais c’est faux. J’ai mal, j’ai peur, je voudrais que cela cesse, je voudrais… Je voudrais en finir !
-Spencer, te souviens-tu de notre entretien avant ton intégration dans l’équipe ?
-Un entretien ? Non, Hotch, je ne m’en souviens pas.
-Parce qu’il n’y en a jamais eu. Je te connais mieux que quiconque, c’était inutile. Tu es aussi fort que moi.
Spencer ouvre les yeux et tend son unique bras vers l’hallucination. Hotch lui sourit. Sa main translucide se pose sur la joue de Reid avant de le pénétrer et de se fondre en lui. Spencer se referme sur cette impression d’union, une sensation gorgée d’espoir et de courage. Du moins avant le cri, celui d’un Aaron improbable mais loin d’être virtuel dans le cœur de Spencer. Comme arraché de son hôte, Hotch se désincarne de Spencer et s’en éloigne. Son visage livide traduit la douleur plus que le spectre et l’illusion qui le définissent. Spencer crie à son tour. Un bruit qui se meurt dans sa gorge et se noie dans ses yeux explosant de larmes. Hotch se recroqueville sur lui-même.
-Spencer, pourquoi m’as-tu fait ça ? Pourquoi ?!
Au hurlement du supplicié fait écho celui du prisonnier, rongé par une culpabilité soudaine dont il ignore la cause mais subit les conséquences. Reid a beau crier, hurler sa détresse, son chagrin, son impuissance, Hotch continue de gesticuler comme s’il était dévoré de l’intérieur. Dans une grimace ultime, le fantôme aux couleurs de l’agent Hotchner, explose à la surface de l’agent Spencer Reid, bien vivant, du moins autant que l’on puisse l’être en de telles circonstances. Submergé par un fantasmatique déluge de chairs blanchâtres, Spencer se débat, imprimant dans sa main droite la marque ferrique laissée par Leland. Le temps s’écoule, incertain, semblant laisser s’annihiler la douleur physique au profit celle psychique qui gangrène et détruit l’agent à petit feu.
Quand un rayon de lumière pénètre enfin dans l’antre de Leland, prémisse d’une solitude qui disparaît et de souffrances à venir, le visage angélique de Spencer Reid n’est plus que le reflet des êtres qui le tourmentent. Ses yeux béants fixent un univers que seul Spencer peut voir. Un lieu qui malgré l’immobilité dont fait preuve l’agent, n’est pas un refuge de tout repos. Sa peau de cire est figée dans une attitude proche de la contemplation religieuse. Un corps brisé et un esprit qui l’est tout autant.

***


-Décryptez-moi ça !
Hotch a posé sous le rétroprojecteur un texte qui vient aussitôt s’imprimer sur l’un des murs de la salle de staff. Gideon rehausse ses lunettes.
-Qu’est-ce que c’est ?
-Un cadeau de monsieur Leland.
-C’était ça le pli de la « Fed » ? Il paraissait plus volumineux.
-JJ, pour le moment ce que je vous demande c’est de décoder le langage sibyllin de Leland. Il se joue de nous et il y a urgence.
Alors que JJ et Garcia s’attèlent au texte, Gideon s’en détourne, se lève, attrape Aaron par le bras et l’entraîne dans le couloir.
-Aaron, qu’est-ce qui se passe ? Non, inutile de feindre l’incompréhension ou l’agacement, je sais que tu me caches quelque chose. Théoriquement, nous avons jusqu’au douze du mois. Certes il y a urgence, mais pourquoi sembles-tu craindre davantage pour sa vie ce matin qu’hier soir ?
-Ok, je ne vous ai pas tout dis. Il y avait quelque chose avec la missive.
-Quoi ?
Jason connait ce regard, celui qui cherche une échappatoire qu’il sait être inexistante. D’un geste las, Hotch accompagne Gideon vers son bureau et lui désigne l’enveloppe orange. Gideon aimerait retourner au staff et ignorer le contenu du paquet. Des souvenirs, une tête sans tronc, frappent son esprit. Non, ce pli est bien trop petit, pourtant… Pourtant Gideon sent la sueur glisser le long de son échine, réveillant une peur et une haine qu’il pensait avoir refoulées. Après avoir plongé le regard dans le colis, juste un instant, un de trop, Gideon le repose.
-Allons étudier le message !
Point de commentaires inutiles. Les dents serrées, la jointure de ses doigts blanchit par la crispation, Jason Gideon quitte le bureau de l’agent Hotchner, laissant ce dernier figé dans une attitude hypnotique. Que sera le prochain envoi ? Hotch referme le papier cartonné sur la mèche ensanglantée qui s’accroche pitoyablement à des petits lambeaux de chair tout aussi rougis.

***
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MessageSujet: Re: Un écho du passé   Dim 1 Fév 2009 - 14:41

Marcus avait raison, vous qui Pratiquez l’expression de la vérité avec une conscience bien lâche, vous l’Homme d’affaire candide, étiez dans la Consolation à mon égard, mais ceci fait maintenant partie de l’éternité. Voici une évidence ayant plus d’une once de plausibilité que j’ai maintenant déduit de votre satisfaction, la mienne et j’ai l’Agréable sensation de contempler la misère d’autrui. Nous pouvons enfin Cesser de déranger. Dans le Déluge final auront lieu nos Noces. Pour vous ce sera le temps de choisir la bonne prise sur la Grande Falaise.

-C’est étrange.
Depuis près d’une demi-heure, l’équipe s’active autour de l’hermétique missive. Un véritable brainstorming s’est engagé entre les deux côtes des Etats-Unis. L’équipe de Quantico n’a pas meilleur mine que celle du Nevada, malgré les 5H45 qui s’affiche sur l’écran du portable de Prentiss.

-Qu’est-ce qui est étrange JJ ?
La voix de Derek traduit davantage la lassitude que le véritable intérêt professionnel.
-L’emploi du terme « Déluge » me rappelle une discussion bizarre avec Spencer. Au sujet du baptême. Ce jour-là, je devais aller au baptême d’un de mes petits voisins et il pleuvait à grosses gouttes. J’avais peur d’être en retard et…
-JJ, abrège !
-Désolée Derek. Spencer a dit que par le déluge, le baptême avait commencé et que nous allions tous avoir de gros soucis, surtout toi Derek ! Puis il a ri d’une blague que lui seul comprenait. Le déluge, celui vécu par Noé dans l’Ancien Testament, était pour moi un moyen trouvé par Dieu pour éradiquer le mal et l’humanité corrompue. Spencer m’a alors donnée une version légèrement modifiée, issue pour reprendre ses termes, d’« un dictionnaire sarcastique et endiablé ».
Tous les membres de la BAU boivent silencieusement les paroles de JJ, lui laissant le temps de reprendre son souffle et le cours de ses idées, confuses comme il se doit, quand Spencer en est l’instigateur.
-Il me semble qu’il a dit que le déluge était le tout premier baptême qui fit disparaître du monde tous les péchés et tous les pêcheurs. Evidemment cela ne veut pas dire grand-chose, mais si Leland envisage, comme on le pense, de se tuer avec Spencer alors… alors peut-être ne voit-il pas cela, uniquement comme un moyen de rester avec sa victime, mais aussi comme celui de s’absoudre de ses pêchers, par une sorte de baptême.
-Mouais, bon tout cela est bien alambiqué et compliqué, mais c’est typiquement le genre de chose que pourrait dire Reid. Ca vaut le coup de creuser de ce côté-là. Garcia, tu fais des recherches dans ce sens ?
-C’est déjà lancé Hotch. Mais je manque de données précises pour cibler ma recherche. Je vais reprendre les termes de la première missive et je vous tiens au courant.
-Merci Garcia. Je t’envoie JJ, de toute façon il n’y a guère d’actions envisageables pour le moment. Faites au plus vite. Derek, je peux te garder en ligne quelques minutes ?
JJ sort précipitamment de la salle, parfaitement consciente d’être mise en touche. Pourtant l’agent n’en prend pas ombrage, à chacun son rôle ! De son côté, Emily s’apprête à laisser Derek seul quand Hotch l’interrompt.
-Prentiss, vous pouvez rester. Je voulais éloigner JJ car je la sais encore fragile. Je ne voudrais pas qu’elle s’inflige une fois de plus tous les torts de la Terre. Leland m’a nominativement fait parvenir cette lettre, mais pas seulement. Elle était accompagnée d’une mèche de cheveux. Sa provenance ne fait aucun doute, de même que la brutalité avec laquelle elle lui a été arrachée. Si nous tardons davantage, peut-être sauverons-nous Spencer de la mort, mais son vivant ne vaudra guère mieux. Qu’avez-vous pensé de l’entrevue avec monsieur Dempsey ?
-Pas grand-chose. Par contre…
-Quoi ?
Morgan Derek hésite. Un profiler s’appuie sur des faits et non sur des pressentiments. C’est donc Emily qui coupe court aux tergiversations de son collègue.
-Derek pense avoir entendu un coup de feu.
-Un voisin peut-être ?
-Possible. Pourtant j’étais au rez-de-chaussée avec monsieur Dempsey et je n’ai strictement rien perçu.
-Oui, mais tu étais dans la cuisine, avec la cafetière en route.
-On en a déjà parlé Derek, une déflagration de flingue, je connais, je l’aurais forcément analysée comme telle.
-Bon, cela suffit vous deux ! Derek, tu vas immédiatement faire une enquête de voisinage. Sur Dempsey, sur Leland et sur cette fameuse détonation. Quant à toi, Prentiss, je veux que tu ailles dans l’école que fréquentaient Leland et Spencer. Trouve tout ce qui peut nous être utile. Ok ?
-C’est-à-dire…
-Quoi, encore ?!
-Hotch, il fait encore nuit ici, c’est le Nevada. Mais j’irai dès les premières heures du jour.
-Désolé, bonne nuit.
Le dernier mot, tranchant, coupe net la conversation. Hotch reste silencieux face à un Gideon circonspect.
-Quoi ? Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi ?
-Hotch, je te le redis, tu es en danger. Ce courrier ne fait que confirmer mes propos d’hier soir.
-Je sais Jason, mais dans l’immédiat je m’inquiète davantage pour Reid que pour moi… Et ne vas pas me sortir le couplet du « il s’en sortira, comme toujours », car je suis loin de toute pensée positive ce matin.
-Tu as raison. Je pense qu’il ne s’en sortira pas. Pas sans toi.
Hotch s’affale sur l’un des fauteuils peu confortable du bureau.
-Pourquoi moi ? Tu es tout autant que moi une figure paternelle pour Spencer.
-Oui et non. C’est toi qui l’as découvert, l’a formé. Evidemment je suis le père sage et diplomate qui canalise ses peurs. C’est vers moi qu’il se tourne lorsqu’il a des questions existentielles, mais je suis aussi seul, laissé par ma famille, mon fils. Je représente ce que pourrait être Reid dans quelques années. Spencer ne cherche donc pas à s’identifier à moi, car même s’il n’en a pas conscience, il l’est déjà. Ce qu’il veut c’est une famille, une vie… JE SUIS Spencer Reid et toi, TU ES ce qu’il voudrait être ! Leland n’a que faire de moi et de ma représentation vieillissante de son fantasme. Par contre toi, il te déteste car tu es le symbole de ce vers quoi tend Spencer. Son métier, ses collègues, la vie qui s’offre à lui…
Hotch se relève et s’avance vers la porte. Sans se retourner, juste avant de quitter la pièce, il conclue de quelques mots.
-c’est vrai, tu es comme lui, incompréhensible. Et tu as raison, comme toujours !


***



Leland progresse dans le long couloir qui relie le monde des vivants à l’abri crée par son père. Le tunnel est de facture récente. En fait, elle est l’œuvre de Leland lui-même. Un chantier fait dans le plus grand secret juste avant qu’il ne vienne emménager avec sa femme. Instinctivement il avait su qu’il devait se garder un coin rien qu’à lui, un lieu de recueillement où il pourrait s’isoler. Sa femme ignorait tout de son existence. Peut-être avait-elle eu des soupçons quand il avait disparu, l’enfant serré dans ses bras. Peut-être… sans doute… surement, elle avait deviné l’existence d’une tanière. Mais comme toujours lorsqu’il avait besoin d’être dans son refuge, il avait fui loin, à la limite de la propriété, disparaissant dans les bosquets. Jamais Birgit n’aurait imaginé qu’il s’éloignait pour mieux se rapprocher d’elle, l’espionner. Elle le croyait limite paranoïaque, elle le disait menteur et affabulateur, mais Leland savait la vérité. Ses caméras lui dessinaient les traits de ses persécuteurs, monsieur Dempsey, mais aussi les voisines, charitables mégères, toujours prompts à dire du mal de lui et de feu son père. Leland avait aimé cet endroit sombre, terne, triste, qui le camouflait d’une réalité qui se montrait enfin au grand jour telle qu’elle était, lugubre et manipulatrice. Finalement le monde était ainsi. Cette vérité absolue lui était apparue alors que la vie s’échappait doucement de son enfant né prématurément, à un terme sans espoir. Il avait été son bonheur, sa passion, son ange d’amour, durant quelques minutes il avait été tout ce que la vie lui refusait, un être aimant, sans arrières pensées, sans traitrise. Leland l’avait adoré ce petit être si pur. Il l’avait gardé auprès de lui jusqu’à ce que cela devienne impossible. La putréfaction faisait son chemin et les ravages du temps détruisaient l’image de son séraphin. Bien à regret Leland avait refermé la boîte à chapeau qui faisait office de cercueil et l’avait reconduit là où il était né, dans la cave, entre confitures et conserves de porcs. Il l’y avait déposé avec amour avant de le faire disparaître sous une imposante quantité de terre. Birgit l’avait vu revenir les bras chargés de son enfant, mais elle n’avait pas souhaité se recueillir auprès de lui. Elle avait renié son couple et le fruit d’un amour passé. Elle avait tiré un trait sur son souvenir. Début 1991, le couple Leland était mort en même temps que cet enfant. Du moins c’était ainsi que le professeur voyait les choses. Peu de temps après sa fausse-couche tardive, Birgit avait fui auprès de son amant. Leland ne voyait aucun inconvénient dans le départ de sa femme, jusqu’à ce qu’elle l’expulse de SA maison lorsque le divorce fut déclaré, quatre ans plus tard. Leland ne lui avait pas pardonné cette dernière forfaiture. Régulièrement il venait se recueillir dans son bunker, surveillant les faits et gestes de Birgit et imaginant son avenir dans la vengeance.
Et puis un jour son destin avait pris une toute nouvelle tournure. Un an, jour pour jour après la découverte du corps de son père, son chemin avait croisé celui d’un autre ange. Une peau laiteuse, presque diaphane, des yeux pétillants d’intelligence et une retenue marquée avec le monde. Leland avait voulu qu’il soit son fils, mais l’enfant avait refusé. Leland n’avait pas le cœur de le laisser aux mains du monde tel qu’il était vraiment. Il l’avait donc tué, le maintenant dans l’ignorance du futur sombre qui allait immanquablement s’offrir à lui. Leland était miséricordieux. Le petit garçon était mort dans ses bras là où quelques semaines auparavant il avait tenu affectueusement son bébé tant chéri. Leland avait alors compris que son destin se jouait là où son père et son fils avaient quitté la vie. Son futur n’était pas dans la vengeance mais dans la recherche de celui qui serait le réceptacle de son amour. Dieu lui offrait une seconde chance, l’opportunité d’être pardonné tant de son fils que de son père. Investi d’une mission, Leland devenu professeur, avait parcouru le pays à la recherche de l’enfant parfait. Spencer avait été une véritable illumination, icône dont la perfection était effrayante. Leland l’avait laissé s’échappé, tétanisé à l’idée de profaner un si bel aboutissement. Les années suivantes furent comme le purgatoire, une recherche du paradis perdu. Avec le temps l’amour de Leland s’était insidieusement mué en rage et haine contre ceux qui n’étaient pas à la hauteur. Finalement la seule solution était de le retrouver Lui, l’unique âme capable de lui procurer l’amour d’un fils et de se laisser choyer comme un père agonisant. On le traiterait de fou, mais Leland, lui, savait qu’il ne faisait que suivre la route d’amour que Dieu avait tracé à son dessein.
C’est avec cet élan d’amour et l’envie de dorloter tendrement Spencer que Leland avance dans le long boyau rocheux. Lorsqu’il pousse la lourde porte métallique ouvrant sur le bunker et qu’il aperçoit Spencer, le professeur se tétanise. Il s’attendait à le retrouver recroquevillé en position fœtale autour de sa main figée dans le sol, mais la vision qui s’offre à lui est bien différente. Spencer est allongé sur le dos, les bras en croix, les yeux béants et la bouche grande ouverte. Ses lèvres semblent s’agiter dans une prière muette qui touche Leland de plein fouet. D’un geste vif il attrape un pied de biche adossé à son établi et se précipite au chevet de sa victime.
-Papa, ne t’inquiète pas, Bosco est là ! Je vais te soigner.
Les deux clous sont arrachés avec douceur. Spencer ne bronche pas, ne bouge pas. Leland le prend tendrement dans ses bras pour le déposer comme un pantin désarticulé sur le lit. Dans une attitude toute maternelle, Leland borde Spencer puis extirpe de sous le lit une trousse de secours. Avec des gestes précis, il désinfecte la main percée, administre une bonne dose d’antibiotique de large spectre puis rebranche la perfusion de poly vitaminé.
-Dors bien mon enfant, je reste auprès de toi. Demain sera un autre jour.
Sur ses mots, Leland l’esprit confus mais apaisé, ferme les yeux de Spencer et dépose sur ses paupières un baiser léger comme une caresse. La respiration de l’agent se régularise lentement et Leland s’endort à son tour, la tête posée contre son torse.

http://www.lacoccinelle.net/traduction-chanson-1297-.html
Vous avez enfin une nouvelle énigme mais avec cette fois-ci un bon indice. diablo
@ bientôt
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